Georges Molinié : « des centres d’excellence intellectuelle ouverts au plus grand nombre »

Réélu à la présidence de Paris-Sorbonne (Paris IV)1 le 14 mars 2008, le philologue Georges Molinié2 a choisi de ne pas rester en marge des mouvements d’alliance entamés par les universités parisiennes et de rejoindre, sans délai, l’association Paris Universitas3. Il revient sur les visées de ces regroupements et nous explique les raisons de son choix.

En janvier 2006 naissait le pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) Paris Centre Universités4 ; un an plus tard les statuts de l’alliance Paris Universitas étaient officiellement adoubés. Pourquoi les universités parisiennes ont-elles ressenti le besoin de se polariser de la sorte ?

Cela faisait déjà plusieurs années que, au regard des USA, du Japon et même de l’Europe, la configuration des universités parisiennes était devenue ridicule. Hérité des années 1970, cet éparpillement n’avait plus aucun sens. En mutualisant leurs moyens lourds, les établissements parisiens deviennent plus présentables à l’échelle internationale, plus représentatifs à celle de l’Europe et bien plus stables aux yeux des pouvoirs publics. Aujourd’hui, en matière d’effectif, la norme – pour une université convenable – se situe entre 100.000 et 150.000 étudiants. Ce qui permet d’entrevoir de la place pour deux à trois grands ensembles parisiens. Le processus est enfin enclenché, même si l’idée de favoriser des connexions entre les universités parisiennes ne date pas d’hier. Pour ma part, je l’avais soulevée, alors sans succès, il y a sept ou huit ans déjà.



Concrètement, à quels niveaux ces rapprochements sont-ils perceptibles et que changent-ils pour les étudiants ?

Soyons lucides : ce n’est pas parce que des connexions ont été établies que des changements spectaculaires vont instantanément se produire ! Mais si l’on ne créait pas les conditions pour que les évolutions s’opèrent, alors on peut être certain qu’il ne se passera rien. Nous sommes ici dans du moyen terme. Équipements informatiques, hygiène, services, santé, culture… Nous allons dans le sens d’une amélioration progressive, globale et durable des conditions de vie des étudiants parisiens jusque-là, il faut bien le reconnaître, minables et honteuses.

Opposant à la loi LRU5, vous avez pourtant entamé les démarches nécessaires afin d’intégrer Paris IV à la plus jeune de ces constellations. Pourquoi ce virage et pourquoi Paris Universitas ?

Mais il ne s’agit pas d’un virage ! À mon sens, la loi LRU comporte deux risques : elle tend à favoriser le libéralisme économique et le despotisme des présidents d’université. Mais si elle est appliquée de manière progressiste par des gens sensibles aux préoccupations des étudiants, elle peut permettre une plus grande liberté d’action. Pour ma part, je suis contre les fusions, les absorptions et les retours en arrière. Je suis en revanche favorable aux interconnexions et à la mise en commun des moyens lourds. Ce que laisse entrevoir Paris Universitas pour les universités du Quartier Latin correspond à l’idée que je me fais de ce genre de structure qui doit être large, souple, basée sur la complémentarité des filières et en perpétuelle évolution.

Le délégué général de Paris Universitas, Gilbert Béréziat, envisage que l’alliance fonctionne, à terme, comme « une structure de gouvernance économique coiffant les six établissements, à l’image d’Oxford »6. Etes-vous en accord avec cette finalité ?

Je suis, a priori, en parfait accord avec les idées de Gilbert Béréziat. Mais je crains que cette phrase ne soit rien de plus qu’une formule pour sensibiliser l’opinion publique. Je ne pense pas que Paris Universitas ait vocation à être une « structure de coiffage ». Nous sommes bien plus, je le répète, dans une dynamique de mutualisation des programmes et des moyens que dans la recherche d’une uniformisation.

La perspective annoncée pour Paris Universitas de se placer aux premiers rangs des universités mondiales du classement dit de Shanghai vous semble-t-elle réaliste et ne risque-t-elle pas de générer une forme de compétition entre les deux consortiums parisiens ?

Cette histoire de classement me laisse dans une indifférence absolue ! Les classements ne sont valables que pour les gens qui classent. Mon souci est de faire en sorte que les étudiants soient formés le mieux possible, le moins cher possible et dans le plus grand esprit critique possible. Je suis contre la dichotomie : universités pauvres pour les uns, universités riches pour les autres. Mon propos est d’essayer de favoriser le développement de centres d’excellence intellectuelle ouverts au plus grand nombre. Quant à la rivalité que vous évoquez, elle est tout à fait possible et tant mieux si elle a des effets bénéfiques… mais ce n’est en aucun cas l’objet de la manœuvre.


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


(1) Le site de l’Université.
(2) Qui avait déjà occupé ces fonctions de mai 1998 à mai 2003 avant d’être remplacé, le temps d’un mandat, par Jean-Robert Pitte
(3) Paris Universitas regroupe actuellement l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l’Ecole Normale Supérieure, les universités Paris Dauphine, Paris II, Paris III et Paris VI. 
(4) Paris Centre Universités regroupe les universités Paris I, Paris V et Paris VII. 
(5) Liberté et Responsabilité des Universités, dite loi Pécresse
(6) In : La lettre de l’Education n° 545 du 15 janvier 2007.

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