Tricher : simple comme un coup de clic

4 étudiants sur 5 ont recours au copier-coller et 9 enseignants sur 10 ont déjà été confrontés à cette pratique. C'est ce qui ressort d'une étude1 sur le plagiat, menée l'an dernier au sein de trois établissements de l'université de Lyon2. Professeur à l'université de Genève, Michelle Bergadaà lutte depuis plusieurs années contre cette nouvelle forme de fraude3. Pour elle, il est grand temps de réagir.

Peut-on définir un profil type du plagieur ?


 


Non. Dès lors que le phénomène touche 80% des étudiants, on ne peut pas établir de portrait robot du tricheur ! Bien sûr, il y a une différence entre le tricheur ordinaire, le plagieur et le fraudeur systématique, mais la faute est la même en fin de compte. De plus, les travaux que je mène depuis quatre ou cinq ans, avec une centaine d’établissements de douze pays différents, montrent que le phénomène est universel. Il sévit en France, comme en Suisse, en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Il concerne indifféremment toutes les matières et touche aussi bien l’université que les classes avant le baccalauréat.

Comment repérer les tricheurs ?

C’est difficile. Pour y parvenir, les enseignants doivent, d’abord, ne pas accorder une confiance naïve à leurs élèves ou étudiants. Il faut également qu’ils sachent, eux-mêmes, se servir d’Internet pour pouvoir effectuer, avant leurs interventions, un travail de recherche à partir des deux ou trois mots clés qu’ils vont utiliser dans leur cours. Mais l’un des meilleurs moyens, c’est d’utiliser des logiciels de détection de plagiat.

Comment éviter ce recours au copier-coller ?

Internet est un outil d’apprentissage extraordinaire. Mais, comme tout nouvel outil, il entraîne des dérives que nous ne savons pas encore éviter. La première chose à faire consiste, sans doute, à éduquer les enfants en même temps qu’on les initie au travail sur le web, leur apprendre la différence entre le plagiat et l’enrichissement communautaire des connaissances. Je propose également la mise en place de projets intégrés, qui impliquent les instances dirigeantes, ouvrent des débats sur la connaissance et l’éthique, informent et accompagnent les enseignants, éveillent les élèves à la bonne utilisation du web, précisent les sanctions en cas de fraude et les appliquent… Enfin, les professeurs doivent, évidemment, se montrer exemplaires et ne pas recourir au copier-coller, même pour préparer des « transparents » ou de documents pour leurs élèves !

Pourquoi la lutte contre cette forme de tricherie n’est-elle pas mieux organisée ?


Certains enseignants estiment qu’ils n’ont pas à effectuer ce qu’ils considèrent comme un « travail de police ». Par ailleurs, la tâche est lourde et demande du temps. Enfin, les professeurs qui essaient de lutter contre les fraudeurs n’obtiennent pas toujours un grand soutien de leur hiérarchie. En effet, certaines grandes écoles craignent pour leur image et rechignent à dénoncer les plagieurs. Pour eux, renvoyer des étudiants qui ont triché revient à avouer une maladie honteuse. Cela dit, globalement, le travail est en route. Simplement, il faut avoir conscience que le phénomène est encore récent, mais qu’il s’est propagé très vite.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant



1 : Pour lire l’étude.
2 : Université de Lyon


3 : Michelle Bergadaà a notamment créé un site Internet « dédié à tous les professeurs, assistants et étudiants qui refusent de fermer les yeux sur la fraude pratiquée via Internet et le plagiat des mémoires et des thèses ».

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