Nouveaux programmes de français : on part pour des heures d’ennui

Une réforme des programmes de français au collège est en cours, comme l’a révélé le site Mediapart, qui s’est procuré l’avant-projet. La présidente de l’AFEF1, Viviane Youx, nous détaille le projet2 et invite le ministre à revoir sa copie, qu’elle juge trop « rétro ».

Comment avez-vous été informée du projet sur les nouveaux programmes du collège ?

Dès janvier, j’ai été informée par des collègues qu’un programme était en cours d’élaboration. Pour ne pas les mettre en porte-à-faux, j’ai attendu que ce projet soit rendu public pour communiquer. C’est lorsqu’une journaliste de Mediapart a voulu me faire réagir sur la dernière version de son article que j’ai accepté d’en parler et de m’exprimer.

Quel a été votre sentiment général à la lecture de ces programmes ?

J’ai eu le sentiment de revenir à l’époque de mon enfance, les années 60-70. Aujourd’hui, le collège a changé, il est devenu une période charnière, où les tensions sont palpables. Or, ces programmes ne prennent pas du tout en compte ce contexte. Il y a une volonté de revenir en arrière. Peut-être pour coller à une frange de la population pour qui tout va mal et qui veut retourner à un âge d’or révolu. On est dans la même approche que pour les programmes du primaire. Et, d’ailleurs, cela a été fait de la même manière : sans consultation des syndicats, ni des associations. Nous avions pourtant demandé à être reçus par le ministre.

L’apprentissage de la grammaire semble vous hérisser…

Les principes et objectifs posent – et c’est étonnant – comme premier axe « l’apprentissage et l’analyse de la langue française », et tout particulièrement de la grammaire. Dès l’introduction, il est précisé que l’enseignant peut organiser sa progression annuelle en « unités d’enseignement ». Mais qu’est-ce qu’« une unité d’enseignement » ? Est-ce une heure de cours ? Nous ne le savons pas. Sous couvert de liberté pédagogique de l’enseignant, on aboutit à une totale désorganisation. Ensuite, la grammaire devra être enseignée par blocs de notions à connaître et non plus par compétences à développer. Ainsi, au lieu d’organiser une séquence autour d’une unité de sens dans lequel on étudierait les effets grammaticaux, on devra faire l’inverse. On perd donc tout le sens du texte, c’est regrettable.

Le pire, selon vous, serait le passage consacré à la lecture. Expliquez-nous.

J’étais effarée. Tout d’abord, nous n’avons aucune indication concernant le nombre d’œuvres intégrales à lire dans l’année. C’est pourtant important de le savoir. Autre point qui me paraît grave : les programmes excluent totalement la littérature de jeunesse. Si on entre dans le détail, on s’aperçoit, ensuite, que dans les œuvres de théâtre, de la 6ème à la 4ème, on ne parle que de lecture. La dimension du jeu, de l’oral et de la représentation est totalement ignorée. Il nous faudra attendre la 3ème pour que celle-ci soit enfin abordée. Autres exemples : certaines œuvres ne passent plus du tout (Le lion de Joseph Kessel pour la 5ème) ou sont trop compliquées (Le livre de ma mère d’Albert Cohen ou Enfance de Nathalie Sarraute pour la 3ème). Enfin, pour les formes du récit, il nous faudra respecter un ordre chronologique : on débutera ainsi avec l’Antiquité en 6ème pour finir avec le XX-XXIème siècle en 3ème. En général, c’est plutôt l’inverse, on démarre du contemporain pour comprendre une œuvre plus classique. Autrement dit, on part pour des heures d’ennui.

Vous concédez cependant quelques avancées « novatrices », quelles sont-elles ?

La progression en orthographe et l’apprentissage du lexique selon des champs sémantiques en lien avec les lectures sont des entrées intéressantes. La lecture des images est un pôle qui a été conservé, même s’il est peu développé. Même chose pour l’expression orale ou la place faite aux TICE, dont seule l’introduction consacre 3 paragraphes. Et, je note que les programmes reviennent aux tolérances orthographiques de… 1976 ! Celles de 1990 venaient juste de faire leur entrée dans les programmes de primaire de 2007. 32 ans de retour en arrière !

Propos recueillis par Lise Bollot

(1) : l’Association française des enseignants de français
(2) : Le projet est consultable sur le journal en ligne d’information généraliste Mediapart moyennant 9 euros ou gratuitement sur le site du café pédagogique daté du 10 avril 2008.

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