Suppressions de postes : ‘la fermeté du ministre n’amènera pas le retour au calme’

Les suppressions de postes prévues pour la rentrée prochaine ont provoqué de nombreuses manifestations d’enseignants et de lycéens partout en France. Impressions de Philippe Le Guillou, proviseur du lycée Louise Michel1, un des établissements expérimentaux Sciences Po2, qui a été le lieu d’une mobilisation particulièrement agitée la semaine dernière.

Quelle est l’ambiance qui règne au lycée ces derniers jours ?


La semaine dernière a été plutôt perturbée. Jeudi dernier (le 27/03, date de la manifestation nationale, ndlr), un blocus lycéen empêchait les élèves d’entrer dans l’établissement. Des élèves issus, notamment, des lycées professionnels alentours (André Sabatier et Alfred Costes) sont venus inciter nos élèves à aller manifester. Le mouvement ne semblait pas très organisé. Certains manifestants étaient cagoulés et il y a eu quelques scènes de violence. Sur le terrain, on a eu le sentiment de vivre la même chose qu’au moment du CPE. Pour contenir les débordements, nous avons eu droit à une présence policière, qui est toujours là actuellement. Du côté des professeurs, ce jeudi, il y a eu 60% de grévistes. Un record. Le lycée était presque vide. Mais, depuis, le mouvement semble s’essouffler. Je suis presque surpris de ce retour au calme.

Combien de postes dans votre lycée vont être supprimés à la rentrée prochaine ?

Le poste d’une enseignante en économie gestion sera supprimé. En outre, trois autres postes (un départ en retraite et deux mutations) ne seront pas remplacés. Enfin, deux postes provisoires ne seront pas reconduits.

Vous faites partie des lycées expérimentaux Sciences Po.
La suppression de postes voulue par Xavier Darcos ne risque-t-elle pas de menacer ce dispositif ?

Ces suppressions de postes s’accompagnent chez nous d’une diminution des effectifs en seconde. On n’est donc pas amené à supprimer de classe. Il n’y a donc aucun changement de structures. En plus, le rectorat de Créteil nous a fait un traitement de faveur en veillant à ne pas trop nous charger en heures supplémentaires, pour ne pas influer sur les projets pédagogiques. La seule chose que nous déplorons, c’est qu’avec ces suppressions de postes, nous perdons le dédoublement en classes scientifiques. C’est dommage, car nous avons de bons résultats au bac S.

Pourtant dans un communiqué commun, les professeurs des cinq lycées Sciences Po jugeaient que les postes supprimés étaient « incompatibles avec la poursuite du dispositif » et refusaient de « servir de caution à une politique suicidaire »…

Je ne connaissais pas l’existence de ce communiqué. J’imagine en effet que des professeurs du lycée Louise Michel l’ont signé. Peut être est-ce aussi par solidarité. Ces suppressions peuvent être gênantes si elles concernent le poste d’un enseignant TZR3 investi dans un projet pédagogique. Mais de là à remettre l’ensemble du dispositif en question, je ne le pense pas.


Je ne connais pas personnellement la situation. Je n’ai pas été en contact avec mes collègues chefs d’établissements des autres lycées expérimentaux. Et je n’ai pas pu me rendre à la réunion Sciences Po, prévue mercredi dernier (26/03, ndlr), à cause des mouvements de grèves, justement.

Xavier Darcos maintient fermement sa position et confirme les 11.200 suppressions de postes. Craignez-vous que les violences recommencent de plus belle ?

C’est possible. Les lycéens et les enseignants ont tendance à répondre sur le même mode. Et je ne suis pas sûr que la fermeté du ministre amène le retour au calme. On est dans l’imprévisible. On ne sait pas à quoi s’attendre dans les prochains jours, voire dans les prochaines heures.


 


Propos recueillis par Lise Bollot


 


1 : Site du lycée Louise Michel de Bobigny.
2 : Avec les lycées Feyder à Epinay, Renoir à Bondy, Blanqui à Saint-Ouen, Nobel à Clichy-sous-Bois, le lycée Louise-Michel de Bobigny fait partie des six lycées dits « expérimentaux » (avec un lycée de l’académie de Nancy-Metz) engagés dans des pédagogies innovantes basées sur le tutorat, la pluridisciplinarité et l’ouverture aux entreprises. Ce dispositif a été lancé par le directeur de Sciences Po, Richard Descoings, en réponse aux émeutes de 2005.
3 : Titulaire en Zone de Remplacement.

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