Professeurs des écoles : le regard des débutants

Pour la troisième fois en six ans1, le SNUipp et le CSA se sont penchés sur l’entrée dans la profession de quelque 2000 jeunes professeurs des écoles2. Profils, priorités, difficultés… Julien Goarant, chef de groupe au CSA et responsable de cette étude, nous parle de ces "nouveaux instits".

Dans quelles mesures le profil type du jeune professeur des écoles a-t-il évolué depuis 2001 ?

La première évolution concerne le niveau d’études de ces nouveaux enseignants : 15% d’entre eux sont diplômés au-delà de la maîtrise (9% en 2001). Ainsi, les bac+5 mais aussi les doctorants se multiplient dans la profession. On note ensuite qu’ils sont de plus en en plus nombreux à avoir eu une première expérience professionnelle dans un secteur autre que l’éducation (22% en 2007 contre 15% en 2001). Le plus souvent, dans un domaine d’activité en rapport direct avec leurs diplômes. On observe enfin une évolution significative de la conscience politique de ces jeunes professeurs. Quantitativement, ils sont 15% à se déclarer « très intéressés » par la politique (contre 8%). Qualitativement, l’ancrage traditionnel à gauche est délaissé au profit du centre droit dont 40% des jeunes PE se disent proches (24%).

Quelles sont, en matière d’objectifs professionnels, les priorités de cette nouvelle vague d’enseignants ?


Les objectifs professionnels des jeunes PE se concentrent très nettement sur la réussite des élèves pour 69% d’entre eux (62%) et la transmission des connaissances pour 55% (47% en 2001) aux dépens de l’épanouissement des enfants (important aux yeux de 52% des PE sondés contre 64% en 2001). On peut penser que ces chiffres sont liés à la forte pression sociale qui prône la nécessité de réussir et au bruit de fond remettant en cause la qualité de l’enseignement primaire qui a pesé lourd sur la dernière rentrée scolaire…D’autant que 82% de ces nouveaux professeurs déclarent avoir le sentiment d’exercer un métier dévalorisé aux yeux de la société. Ils sont donc dans une recherche d’efficacité pour que, verticalement, on ne puisse pas leur reprocher de fournir des élèves mal préparés à l’enseignement secondaire.

À quelles principales difficultés disent-ils être confrontés ?

Outre ce sentiment de dévalorisation, les écarts entre l’idée que les jeunes PE se faisaient du métier et la réalité se creusent au fil des années. Revers de la diversification de la population enseignante ? Manque de préparation ? Toujours est-il que les implications du métier dans la vie privée sont pointées du doigt par 56% des interrogés et arrivent ainsi au premier rang des difficultés exprimées (40%). Plus précisément, ils sont 59% à s’étonner du temps de préparation des cours à la maison (50%) et 44% à considérer la charge de travail comme un souci (33%). Tandis qu’au sein de la classe, la différence de niveaux constitue la première source de problèmes (66% en 2007 contre 51% en 2001). Notons enfin que les relations avec l’institution scolaire sont un obstacle pour 25% des PE novices (18%).

Pensez-vous que l’on puisse encore parler de vocation ?

La vocation est une notion qui demeure assez largement présente chez les débutants. Preuve en est, 46% des professeurs des écoles déclarent avoir fait le choix d’enseigner au cours de leur adolescence (43%). Néanmoins, la proportion des jeunes gens qui prennent cette décision pendant leurs études supérieures se réduit (26% en 2007 contre 31% en 2001) au profit de ceux qui font le choix plus tard. De ce côté-là, il y a un glissement. En outre, on peut considérer que la vocation a changé de nature : le désir de travailler au contact des enfants n’est avancé que par 62% des jeunes PE (70%) tandis que l’envie de mener les élèves à la réussite se répand largement.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Deux sondages similaires ont été menés en 2001 et en 2004.
(2) L’enquête, réalisée en septembre et octobre 2007, a été menée sur un échantillon de 2000 PE de moins de 5 ans d’ancienneté.

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