Proviseurs et principaux n’ont plus le moral

Conditions de travail dégradées, manque de reconnaissance, solitude… Les chefs d’établissement ont le blues, selon une récente étude remise à Xavier Darcos. Un mal inhérent à un métier en pleine mutation ? Réponses de Georges Fotinos1, auteur de l’enquête2.

Comment se portent les proviseurs et les principaux ?

Mal. J’ai évalué le moral de 1900 chefs d’établissements et adjoints de lycées et collèges, grâce à 81 items construits sur les principes de la psychologie et de la sociologie du travail. Or, tous ces indicateurs – qui portent sur l’environnement de la fonction, son exercice et le sentiment de réussite – sont en baisse. Il y a un vrai malaise au sein de cette profession. 25% d’entre eux ont déclaré un moral « médiocre, mauvais ou exécrable ». 25% considèrent que l’utilisation de leurs compétences est « peu ou pas satisfaisante ». Et 18% affirment qu’ils sont « peu ou pas intéressés par leur travail » !

Quel sont les principaux facteurs participant à cette baisse de moral ?

D’un côté, ils sont sollicités en permanence par leur hiérarchie, les représentants de l’Etat. De l’autre, les injonctions données par les représentants de région sont de plus en plus fréquentes. Enfin, s’y ajoutent les problématiques sociales auxquelles ils sont plus régulièrement confrontés. Dans une solitude extrême, ils doivent faire face à ces trois logiques différentes et parfois contradictoires. Pas étonnant qu’ils craquent. C’est un métier en mutation, qui passe d’une tradition bureaucratique à une culture managériale. Or, sur cette profession en devenir repose en bonne partie la réussite des objectifs de notre système éducatif.

Apparemment les choses ont empiré depuis 3 ans, que s’est-il passé ?

Effectivement, 72% estiment que les conditions de travail se sont « dégradées » entre 2004 (date d’une première étude sur le climat scolaire dans les lycées et collèges, ndlr) et 2007. L’évolution sur trois ans montre une forte détérioration : + 25 points sur l’adaptation des enseignements aux élèves, + 9 points pour l’intérêt du travail, + 8 points sur les relations avec les parents d’élèves, etc. Ces trois facteurs dont je parlais précédemment se sont alourdis. Leur charge de travail est de plus en plus importante, et leur rôle social et éducatif s’est accru. Tout le monde se décharge sur l’école. Sans parler de la concurrence entre les établissements qui s’amplifie !

Justement la suppression de la carte scolaire ne risque-t-elle pas d’accentuer le phénomène ?

Je ne sais pas. On peut imaginer que la suppression de la carte scolaire peut paradoxalement influer, dans certains cas, positivement sur le moral. Prenons l’exemple des ZEP, où le moral des proviseurs et principaux est meilleur que dans les autres établissements. On l’explique par « l’urgence éducative ». Lorsque les difficultés éducatives sont plus grandes et le tissu relationnel avec les élèves plus nécessaire, les personnels de direction s’investissent beaucoup plus et se sentent encore plus concernés par le fonctionnement de l’établissement. Dans la même idée, la suppression de la carte scolaire peut renforcer les difficultés et donc leur sentiment d’utilité.

Le portrait que vous tirez semble bien alarmiste au regard d’une récente étude de la DEPP qui présente une vision plus optimiste des jeunes chefs d’établissements sur leur métier ?

Déjà, cette étude ne traite que des nouveaux arrivants, entrés en 2004. Mon enquête s’intéresse, quant à elle, aux personnels de direction en activité depuis 10, 20 ou 30 ans. Or, on note qu’il y a une inflexion très nette entre l’âge et le moral. A partir de 40 ans, il décline. On s’aperçoit également qu’au bout de 10 ans d’activité, le moral baisse. L’écart entre l’idéalisation du métier et la réalité se creuse. Heureusement, il existe des solutions pour y remédier. Je propose 18 actions innovantes et concrètes, comme reprendre un temps d’enseignement pour ceux qui le souhaitent, créer une structure d’accueil spécifique aux personnels en difficulté sur le modèle du programme Prévention Aide et Suivi (P.A.S.) qui existe déjà, ou encore instaurer la possibilité de prendre une période sabbatique pour se remotiver. Enfin, ne serait-il pas opportun d’envisager la création d’un Observatoire social des personnels de l’Education nationale, sorte de baromètre du moral, où l’on effectuerait des recherches sur les différentes pratiques sociales et leur évolution ?


 


Propos recueillis par Lise Bollot


 


1 : Ancien inspecteur général de l’EN, Georges Fotinos est aujourd’hui consultant à la MGEN.
2 : L’étude sur le moral des personnels de direction des lycées et collèges est téléchargeable dans son intégralité sur le site de la MGEN ou envoyée sur simple demande, en indiquant son adresse postale, au mail suivant : perdir@mgen.fr

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