L’Obs interroge Alexandra Oeser, sociologue, enseignante-chercheuse à l’IEP de Toulouse, et auteure d’une thèse sur la transmission scolaire du passé nazi en Allemagne.

Pour enseigner la Shoah à l’école, les Allemands misent sur « l’émotion et l’empathie ». Ils n’ont plus recours, depuis la fin du 20ème siècle, à un apprentissage cognitif de l’histoire, reposant sur le cours magistral. Mais ils font désormais reposer leur travail, précise la sociologue, sur une pédagogie appelée Betroffenheitspädagogik, c’est-à-dire « bouleversement affectif ». Les élèves doivent ainsi s’identifier aux victimes : par exemple lors de la visite d’un camp de concentration, le professeur demande aux collégiens de se tenir à l’endroit exact où les déportés étaient fusillés.

Il s’agit moins d’une éducation historique que civique, qui s’explique par un contexte propre à l’Allemagne : les enseignants, « démocrates convaincus », redoutent en effet « une retour à la dictature ».

Ce type d’enseignement, très chargé émotionnellement, fait aujourd’hui débat en Allemagne, indique Alexandra Oeser, notamment entre pédagogues et historiens. Est-il cependant possible d’enseigner la Shoah sans « bouleversement affectif » ?