Luc Bérille : les nouveaux programmes du primaire, une réforme nécessaire mais inadaptée

Les nouveaux programmes pour le primaire marquent un retour aux fondamentaux et à la morale. Luc Bérille, secrétaire général du SE-Unsa1, pointe les faiblesses de la réforme et réagit sur le projet de Sarkozy sur la Shoah, qui vient d’être retoqué.

Ce recentrage sur les « fondamentaux » était-il nécessaire selon vous ?

Oui, la révision des programmes était indispensable à cause notamment de la suppression unilatérale des samedi matins. Avec 2 semaines et demie de cours en moins, on se retrouvait avec moins d’heures pour dispenser les programmes. Leur adaptation était également nécessaire compte tenu de l’existence du « socle commun des connaissances et des compétences ». Il est important que les enseignants perçoivent mieux les compétences requises pour atteindre cet objectif. Cela étant dit, la formule « refaire de l’école à l’école » du ministre de l’Education a suscité, à juste titre, la colère des enseignants. Cela suppose que l’on n’en faisait pas avant ! Même si l’on va au-delà, il faut rappeler que les programmes avaient déjà été recentrés en 2002. On fait donc du recentrage sur des programmes déjà recentrés.

Avec l’enseignement renforcé des maths et du français, l’heure supplémentaire en sport et l’initiation aux langues vivantes… Comment les enseignants peuvent-ils gérer les nouvelles grilles horaires, alors qu’il n’y a plus de cours le samedi ?

C’est bien la question. On se retrouve avec un bloc de français de 10 h, un bloc de mathématiques de 5 h et 4 h d’EPS. Sur les 24 heures hebdomadaires, il nous reste 5 heures pour faire rentrer l’histoire et la géographie, les langues vivantes, l’instruction civique et morale, les sciences, etc. Je ne vois pas comment on va s’en sortir ! Et quand le ministre estime que l’on peut y arriver, tout comme nos voisins européens, il faut lui rappeler que leurs programmes ne sont pas aussi chargés que les nôtres ! On est face à un discours politique qui vise à séduire sur des arguments simples : croire que plus on en met dans les programmes et mieux c’est pour les enfants. On veut augmenter les exigences par rapport aux programmes actuels, alors que déjà 15% des élèves ne les maîtrisent pas. On ne tient pas compte de ces élèves, alors que la réforme était censée les viser. Mieux vaut peu mais mieux, en prenant soin de répartir les différents apprentissages en fonction du développement de l’enfant.

L’« instruction civique et morale » voulue par le président de la République est-elle un retour en arrière ?

Bien sûr, c’est caricatural. On est sur un modèle nostalgique, celui d’un supposé âge d’or de l’école des années 50. Avec une vision de l’élève qui est complètement dépassée. Des termes comme « imitation » ou « répétition » sous-entendent que l’élève est considéré non pas comme un sujet mais comme un objet, un exécutable. Même chose pour les maximes, qui sont complètement grotesques. Qu’est ce que cela fait dans les programmes ? Etonnant retour au respect, alors qu’au même moment le président de la République défend son mode d’expression moderne…

La publication des résultats des écoles primaires « sans entrer dans une logique de concurrence », comme l’a ajouté Xavier Darcos, est-ce contradictoire ?

Evidemment. C’est une habileté politique de la part de M. Darcos qui est coutumier du fait. Dans le système actuel, à travers ses dysfonctionnements, on voit déjà comment on peut évoluer vers une démarche consumériste. Quels sont alors les objectifs si ce n’est pas dans une logique de concurrence ?

Mercredi dernier, Xavier Darcos a mis en place une commission en charge de la mémoire de la Shoah. Elle a réfuté l’idée de « confier la mémoire » d’un enfant victime de l’Holocauste à une classe, alors que le ministre en a maintenu l’idée. Comment expliquez-vous cette confusion ?

La commission compte réfléchir sur les différents outils qui viendront aider le professeur à enseigner sur la Shoah. C’est une vision non univoque qui nous satisfait. Travailler sur une banque de donnés, par exemple, me semble une très bonne solution. Tout comme nous trouvions l’idée du jumelage individuel condamnable et contreproductive, prôner le jumelage collectif comme une obligation pédagogique est critiquable. Si le ministre campe sur cette position, il y a pour nous un problème de fond. Systématiser une forme plutôt qu’une autre est une erreur. Surtout sur un sujet universel comme la Shoah. Nous restons donc dans une vigilance ferme. Si le bureau national en est d’accord, je demanderai à ce que notre syndicat soit auditionné par la Commission.

                                                     Propos recueillis par Lise Bollot


1) Le site du SE-Unsa  (Syndicat des enseignants du premier et second degré de l’Unsa Education)

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