Cet enseignant qui éveille les enfants à la Chine

Professeur des écoles, anthropologue, spécialiste de la Chine et de l’enseignement du chinois… Bertrand Guillon est tout cela à la fois.

«Je me suis souvent demandé d’où m’était venue cette attirance pour le chinois. Car, personne dans mon entourage ne le parlait, ni ne s’y intéressait particulièrement. Lycéen, j’avais déjà lu beaucoup de textes sur la Chine et je ressentais un fort attrait pour cette civilisation.» Pas au point, pourtant, de commencer à suivre des cours. Bertrand Guillon attendra donc d’avoir obtenu son baccalauréat, en 1984, pour entamer de véritables études de chinois, dans la filière des Langues orientales. Mais très vite, il se heurte à l’aspect «très livresque et très académique» de l’enseignement. D’autant qu’à l’époque, il n’existe aucune méthode française. «Pour apprendre le chinois, il fallait passer par l’anglais ! J’ai pensé qu’il était à la fois plus simple et plus intéressant d’aller directement en Chine.»

Le séjour en Chine

En 1987, après avoir obtenu son premier diplôme, un Deug en Langues orientales, Bertrand Guillon part donc étudier le chinois à la source. Il s’installe à Kunming, dans la province de Kunnan, au sud du pays, avant de s’établir à Taïwan1 où il exerce diverses activités. «Je rédigeais une revue de presse et traduisais des documents pour le compte du gouvernement local.» Parallèlement, il passe une maîtrise de chinois. 3 ans plus tard, l’appel du pays se fait trop pressant et Bertrand Guillon décide de rentrer à Paris. Il découvre alors l’enseignement, en occupant un poste de suppléant dans une classe d’initiation au français langue étrangère du 18ème arrondissement. L’expérience lui plaît, et Bertrand Guillon décide de devenir professeur des écoles. Son diplôme en poche, il enseigne alors dans plusieurs écoles de la capitale, pendant une petite dizaine d’années.

Feng Shui et étoiles volantes

Mais sa passion du chinois ne l’a pas quitté. «J’avais continué de lire beaucoup. Parfois, je profitais des cours d’arts plastiques pour mettre en place des initiations à la calligraphie…» Jusqu’à ce que se présente l’occasion de lier officiellement chinois et enseignement. «Un poste s’est libéré et a été attribué sur concours, dans deux écoles du 13ème arrondissement2. Initialement, il avait été créé pour accueillir les boat-people, avant d’évoluer. Désormais, les enfants d’origine asiatique ne représentent plus que la moitié des élèves. L’une des particularités de l’établissement est, en effet, que l’apprentissage du chinois y est obligatoire pour tous, du CP au CM2.» A cette même époque, Bertrand Guillon obtient un DEA d’anthropologie. «En général, les spécialistes ont chacun leur petit pré carré. Et peu de gens font le lien entre les textes anciens, les traditions et la vie des Chinois contemporains. J’ai eu envie de m’y atteler.» Dans le cadre de ses travaux, il écrit donc un livre sur le Feng Shui3, l’art d’orienter sa demeure pour bénéficier d’influences positives (notamment sur la santé, le bien-être et la prospérité de ses occupants). «Il s’agissait de présenter ces techniques ésotériques non pas du point de vue de la croyance, mais de leur place dans la tradition chinoise et de la façon dont elles perdurent aujourd’hui.»

Rédiger sa propre méthode

A bientôt 43 ans, Bertrand Guillon s’est inscrit en sciences de l’éducation. Il rédige actuellement une thèse sur l’enseignement du chinois aux enfants. «Le chinois présente l’avantage de pouvoir être enseigné en même temps qu’une langue alphabétique comme le français, sans qu’il y ait risque de confusion. De plus, l’apprentissage du chinois ouvre un autre monde aux élèves, et change leur regard. En revanche, l’enseignement se révèle parfois fastidieux, car les enfants ne disposent d’aucun support leur permettant de travailler par eux-mêmes.» A terme, Bertrand Guillon souhaite donc combler ce vide, en rédigeant sa propre méthode. «Je voudrais montrer en quoi le chinois est une langue difficile pour toutes les raisons que l’on imagine, mais en même temps plus facile qu’on ne le croit.»

Patrick Lallemant

1 : Une précision : l’île de Taïwan – officiellement appelée «République de Chine» – jouit d’une indépendance de fait depuis la fin de la guerre civile entre communistes et nationalistes chinois, en 1949.
2 : Il s’agit des écoles des rues de la Porte d’Ivry et Emile Levassor. Le 13ème arrondissement de Paris abrite une grande communauté asiatique (Chinois, Vietnamiens, Cambodgiens, Laotiens…). Les écoles pour apprendre le chinois.
3 : «Le Feng Shui des neuf étoiles volantes», Ed. L’Originel – Charles Antoni, 2001.

Bertrand Guillon en cinq dates

1987 : part étudier en Chine

1989 : passe sa maîtrise de chinois

1995 : obtient son diplôme de professeur des écoles

Janvier 2004 : commence à enseigner le chinois à des enfants

Juin 2004 : décroche un DEA d’anthropologie

Partagez l'article

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.