La thèse intitulée L’école et la rue: fabriques de délinquance, écrite par Benjamin Moignard, docteur en sciences de l’éducation (Lille-III), met en exergue le rôle de l’école dans la constitution de bandes de jeunes délinquants. Cette thèse, publiée aux PUF, est une comparaison ethnographique sur le rôle de l’école entre un collège de RAR en banlieue parisienne (quartier des Pivoines) et l’équivalent d’un collège dans une favela de Rio de Janeiro (Brésil).

Contrairement à ce qu’attend le lecteur, « la comparaison des deux pays montre que le climat de violence est bien moindre dans les écoles brésiliennes comparées à la France. Les enquêtes de victimisation, basées sur les déclarations de violences subies par les élèves à l’école (coups, insultes, racisme, harcèlement, etc) sont sans appel et au désavantage des collèges français. »

L’auteur montre en effet qu' »en France, le collège peut être un facteur aggravant dans les processus délinquants ». Il observe que les bandes des quartiers sont le fruit de la ségrégation des élèves les plus faibles et les plus perturbateurs dans certaines classes au collège. Il incrimine en particulier les « classes de niveaux », « souvent prétexte de mise à l’écart des élèves qui se trouvent être pour la plupart issus de l’immigration ».

Benjamin Moignard qualifie cette politique de regroupements des élèves en difficulté de « traitement sécuritaire de la gestion de l’ordre scolaire ». « Elle signe la démission de l’école républicaine dans sa mission éducative et neutralise toute perspective d’amélioration de la scolarité de ces élèves. » En France comme au Brésil, « les difficultés scolaires sont assimilées à des difficultés sociales ou culturelles, exonérant l’école de toute responsabilité », indique l’auteur.

L’école et la rue: fabriques de délinquance, Benjamin Moignard, PUF, 2008

Source : AEF