Dans quel contexte est né votre blog ?

Au départ, ce blog n’avait pas vocation à durer. Intéressé depuis longtemps par l’informatique et les nouvelles technologies, j’étais surtout attiré par le côté technique de la chose… Je voulais voir comment cela fonctionnait. Le contenu s’est imposé de lui-même : trente-quatre ans dans l’enseignement (à l’époque, ndlr), ça en fait de la matière ! En 2005, les blogs étaient déjà très en vogue. On en parlait beaucoup dans les médias et dans le milieu scolaire, en particulier pour évoquer les situations problématiques qu’ils pouvaient générer du côté des élèves. J’ai voulu tenter l’expérience, à ma façon.

Au-delà de l’effet de mode, qu’est-ce qui vous a poussé à continuer ?

Je me suis pris au jeu. Les commentaires des lecteurs ont tardé à venir mais le nombre des visiteurs est allé crescendo (pour arriver aujourd’hui à une moyenne de 150 visites quotidiennes2), ce qui m’a encouragé. Et puis j’ai vite compris que ce blog pouvait me servir à la fois de mémoire personnelle et de support de réflexion. Les journées, les semaines d’un directeur d’école sont très remplies. Les tâches s’enchaînent. On a, comme on dit, la tête dans le guidon, tout se bouscule et il est difficile de prendre du recul. La fonction évolue. On vit cette évolution sans vraiment prendre le temps de l’analyser… Étant à la fois dans le récit explicatif et dans le commentaire (parfois même dans la revendication), je me suis aperçu, par le jeu des messages retours, que ce blog avait une réelle utilité en particulier pour les jeunes collègues.

Précisément, avec quoi et à quel rythme l’alimentez-vous ?

Les premiers temps, je me suis astreint à le remplir de façon quasi quotidienne. J’écris vite et je dors peu ! Puis, dans le souci d’éviter les redites, j’ai mis un peu d’espace entre les billets. On ne peut pas non plus revenir tous les soirs sur la gestion des conflits à l’école… À présent, j’écris mon blog une à plusieurs fois par semaine, quand j’ai dix minutes devant moi, la nuit souvent, et que j’ai quelque chose de constructif à raconter. J’évoque mon quotidien de directeur, les problèmes que m’exposent les parents, les élèves, les collègues, l’institution, les partenaires… Je livre mon vécu et mes impressions sur des sujets aussi divers que le ramadan, les livrets scolaires, la collecte de l’argent de la cantine, les remplaçants… Mon propos n’est pas de raconter l’histoire de l’école, mais de revenir sur quelques épisodes particuliers de ces longues journées de onze à douze heures de travail.
De fait, que vous apporte votre site web aujourd’hui ?

Le directeur d’école est à la croisée des enseignants, des parents et des élèves. Son attitude, sa déontologie, jouent un grand rôle dans le climat d’école, les relations avec les familles, la scolarité des enfants. Ce blog m’aide à cerner les dysfonctionnements, me donne les moyens de faire avancer la réflexion. Par ailleurs, pour lire d’autres blogs, je sais que les commentaires déposés sont souvent le fait de personnes proches de l’auteur du site. De mon côté, je ne côtoie aucun de mes lecteurs qui ne me connaissent que sous le nom de Dan Ledir. Et je n’en parle pas dans mon école. Je garde ainsi une grande liberté d’expression et j’ai l’assurance que les commentaires sont sincères et constructifs. Question encadrée : Quel est l’avenir de votre blog ? Écrire un blog sur ma vie personnelle ne m’intéresse pas. En toute vraisemblance, je cesserai de l’alimenter quand je n’occuperai plus mes fonctions de directeur d’école, ce qui va bien finir par arriver. Le blog est à la fois un contenant et un contenu. Il s’arrêtera de lui-même, quand je n’aurai plus rien à dire.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) http://danledir.canalblog.com/
(2) Lectorat composé, en proportion égale, d’enseignants / directeurs d’école et de parents d’élèves.