La France compte 85 universités très différentes : il n’y a pas un moule unique, remarque Philippe Gillet, intervenant dans le cadre du colloque sur l’université d’Outre-Mer, les 22 et 23 janvier derniers. La ministre de l’Enseignement supérieur souhaite que 50% d’une classe d’âge ait un diplôme d’enseignement supérieur. Il s’agit là d’un vrai défi en Outre-Mer, où existent une forte croissance démographique et une forte augmentation du nombre d’étudiants. Dans le cadre de l’autonomie, il faut construire des partenariats avec les PRES. L’université de Strasbourg par exemple vient d’en mettre un en place avec l’Allemagne. Il faut envisager des formations en relation avec son environnement immédiat : pour l’Outre-Mer par exemple, ce pourront être des partenariats avec le Chili, Hawaï ou la Nouvelle-Zélande.



Des formations ciblées


Allant dans le même sens, la Première vice-présidente de l’université de Nouvelle-Calédonie souligne l’importance de proposer des formations ciblées, adaptées au contexte local, par exemple sur le tourisme, la biodiversité ou encore la gestion de l’environnement. Car ces formations ciblées, offrant des débouchés sur place, seront facilement financées par les collectivités locales, qui les jugeront intéressantes. Les collectivités locales (ou territoriales, les deux sont synonymes) jouent en effet un rôle essentiel dans le financement des universités d’Outre-Mer. Ces universités sont jeunes, sous-dotées par l’Etat, et compte des effectifs étudiants fort réduits. C’est le cas de l’université de Nouvelle-Calédonie, qui n’a que 10 ans, et compte seulement 2500 étudiants. C’est une des universités les plus petites de France.

Le rôle des collectivités locales



Gaël Yanno, député de Nouvelle-Calédonie, insiste aussi sur le rôle des collectivités locales pour le financement de l’université, en soulignant le risque que cela implique : celui de formations ouvertes ou fermées en fonction des financements. Si par exemple, une formation sur la gestion de l’environnement ne correspond plus à des débouchés professionnels sur place, alors elle sera fermée. Attention donc à ne pas tomber dans le tiraillement incessant entre l’intérêt local et l’intérêt universitaire, qui demeure avant tout celui de la recherche, insiste Jean-Michel Uhaldeborde, président de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Multiplier les financements

Afin d’éviter cet écueil, l’université doit tenter de multiplier ses financements. C’est ce que préconise Patrick Chezaud, président de l’Université Stendhal-Grenoble 3. Cela concerne toutes les universités françaises, et bien évidemment au premier chef celles d’Outre-Mer, vu leurs spécificités. Elles sont de véritables laboratoires de l’autonomie. Raymond Mollard, vice-président du Conseil Régional de La Réunion délégué à l’éducation, indique qu’il est aussi pour multiplier les financements : d’un côté ceux de l’entreprise, tels ceux de la banque ou de l’industrie, et de l’autre ceux des élus, région et collectivités. Ces deux types de financement ne sont pas incompatibles, il faut néanmoins veiller à ce que les exigences du monde économique ne soient pas en contradiction avec l’identité de l’université. Equilibre très difficile à tenir.


Jeudi prochain : le rapport à l’information de l’université d’Outre-Mer.