Ce problème d’inculture économique en France est-il lié, selon vous, à la manière dont est enseignée l’économie au lycée ?

Je rappelle que les problèmes de contenu ne font pas partie des compétences de la commission présidée par Marcel Pochard, à laquelle j’appartiens. Mais nous avons rencontré ce problème un peu par accident. Une conversation, un peu violente, mais tout à fait privée, avait été enregistrée et diffusée. Ce qui a donné lieu à un incident public. Nous ferons donc allusion au fond de l’affaire parce qu’il nous paraît être un élément du diagnostic que de voir la France très empêtrée dans un dialogue social très difficile. Nous avons le sentiment qu’en matière économique, l’effort d’initiation culturelle est tout à fait insuffisant.

Après avoir rencontré l’Apses1 dans le cadre de la commission Pochard, vous avez préconisé l’enseignement de l’économie dès le collège. Pouvez-vous nous détailler ce projet ?

Nous demandons très fermement qu’en première et en seconde, l’économie soit enseignée à tout le monde. Et pas seulement sous forme d’option en seconde. J’ai aussi dit – mais c’est mon sentiment, et je ne sais pas si la commission le reprendra – que tout cela est tellement important, qu’il faudrait commencer cet enseignement dès le collège.

C’est-à-dire dès la sixième ?

Disons que commencer en quatrième serait déjà mieux que commencer en seconde…

Et concernant les programmes, n’y a-t-il pas quelque chose à faire ?

La première fois qu’on a voulu mettre de l’économie dans l’enseignement secondaire, c’était en 1967, avec des professeurs d’histoire et de géographie pour l’enseigner. Dès 1970, il y a eu des professeurs spécialisés, puis l’agrégation a été créée. Les choses ont beaucoup changé. Mais il reste un petit quelque chose, qui est la rédaction initiale des programmes. Où le regard sur l’économie était presque trop historique, notamment sur l’histoire des batailles de doctrines. Or, l’important est d’arriver à faire comprendre aux gens ce qu’il leur arrive dans leur vie quotidienne. Comme comprendre ce qu’est, par exemple, une convention collective, un salaire, la productivité, une entreprise… C’est en voie de correction. Notre insistance est surtout d’en rajouter.

Effectivement, après une rencontre avec des lycéens, vous aviez dit avoir été « effrayé » par leur vision de l’économie dont « le degré d’abstraction et de dogmatisme interdisait toute utilisation dans la pratique sociale »…

J’ai fait état de quelques élèves et d’un unique professeur. Ces lycéens avaient des idées plein la tête d’abstractions de l’histoire batailleuse, sans beaucoup de références concrètes. Mais c’était probablement un cas unique, non généralisable. Les associations représentatives que j’ai rencontrées sont toutes soucieuses d’aider les gens à devenir des citoyens conscients. C’est cela le fond de l’affaire. Et il restera à l’inspection de s’assurer que les programmes répondent à cela. Il faut simplement lui rappeler que l’enseignement de l’économie soit aussi concret que possible.

L’idée que les chefs d’entreprise participent à la rédaction des programmes comme le préconise l’association Positive Entreprise, vous semble-t-elle bonne ?

Je n’y suis pas opposé, à la condition que l’on y mette aussi les autres partenaires économiques, et notamment les syndicalistes. Je tiens surtout à l’équilibre entre employeurs et salariés.

Le rapport sur le métier d’enseignant va être rendu dans un mois. Ce projet a-t-il le temps d’y être intégré ?

Notre mission concerne le recrutement, la formation, la carrière, les mutations, le bonheur à exercer le métier, les conditions dans lesquelles s’exerce le métier et pas de faire ce genre de proposition. Nous y ferons peut-être une allusion, sur quatre lignes, tout au plus. Mais, comme l’incident a été rendu public, le ministère est déjà averti de notre position.


                                                    Propos recueillis par Lise Bollot


1) : Association des professeurs de sciences économiques et sociales