Bernard Belloc : de Montauban à l’Elysée

Professeur de sciences économiques, Bernard Belloc est devenu président de l’université Toulouse 1. Avant de sillonner la planète et d’intégrer l’équipe des conseillers du président de la République.

Le futur Secrétaire général de l’Elysée et la future Directrice de cabinet du chef de l’Etat viennent de demander à Bernard Belloc s’il accepte d’en devenir le conseiller pour l’enseignement supérieur et la recherche. « J’ai bien dû hésiter une demi-seconde ! Et je suis parti instantanément, laissant ma femme à Pékin, se débrouiller avec le déménagement ! ». Il avance une idée sur sa nouvelle promotion : « les propos que j’avais tenus, les textes que j’avais rédigés ou mon rapport sur le statut des enseignants chercheurs m’avaient conféré une certaine « célébrité ». Cela faisait 20 ans que plus personne n’osait réfléchir sur l’Université.»

Rien ne prédisposait l’enfant né en 1948 à Montauban à connaître les ors de l’Elysée. « Mon frère et moi étions les premiers bacheliers de ma famille, issus d’un milieu très très modeste : mes grands-parents étaient agriculteurs. Le seul objectif de mon père a été que ses fils puissent faire les études les plus longues. Avec ma mère, ils étaient prêts à tous les sacrifices. Mon frère, qui est médecin, et moi, sommes à ce jour les plus diplômés de la famille. »

L’aventure toulousaine

Le premier tournant de sa vie professionnelle s’opère avec la rencontre de Jean-Jacques Laffont, au début des années 80. Alors que Bernard est maître-assistant à l’Université des sciences sociales de Toulouse. « Jean-Jacques Laffont1 a créé l’impossible : un centre de recherche qui, parti de rien, est considéré, vingt ans plus tard, comme l’un des meilleurs d’Europe, voire du monde.» Bernard Belloc comprend alors que, dans l’enseignement supérieur et la recherche, tout est commandé par la qualité des projets. « J’ai compris aussi que la recherche théorique est obligatoire, mais qu’elle doit porter sur de vrais problèmes et leur offrir des solutions concrètes, en association, éventuellement, avec des partenaires extérieurs au monde académique. »

De plus en plus de responsabilités

Convaincu que « la création de savoir est à la base de tous les progrès, mais que l’Université ne peut pas vivre sa vie en solitaire, dans un monde parallèle à celui de l’Education nationale, de l’économie, des arts ou des lettres », Bernard Belloc s’investit complètement dans le projet de son mentor et y accepte des responsabilités. C’est ainsi qu’il devient président de l’Université de Toulouse 1 en 1998. Deux ans plus tard, il est élu à la Conférence des présidents d’université (CPU), dont il devient premier vice-président l’année suivante. « Au-delà de mon expérience toulousaine, le regard global que j’ai alors pu porter sur l’Université en France m’a permis de découvrir le désastre dans lequel s’étaient enfoncés l’enseignement supérieur et une grande partie de la recherche française. » Avec quelques collègues, il travaille sur les principes qui trouvent leur application en ce moment : « autonomie des universités, statut des personnels, adaptation française des modèles allemands et américains… »

Après, ce sera trop tard

A la fin de son mandat, en 2003, Bernard Belloc éprouve le besoin de changer d’air et « d’aller voir comment les choses se passent ailleurs ». Il prend donc une année sabbatique et multiplie les missions à l’étranger. « Quand vous travaillez dans l’enseignement supérieur et la recherche, vous évoluez dans un domaine qui n’a pas de frontières : la matière grise. Il est donc essentiel de s’ouvrir au monde. » Mexique, Maroc, Bénin, Malaisie, Japon, Canada, Etats-Unis, Chine où il devient, pendant deux ans, conseiller culturel de l’ambassade de France… Partout sur la planète, Bernard Belloc observe, compare, analyse le fonctionnement de systèmes très différents les uns des autres mais qui partagent un objectif commun : « produire du savoir et le dispenser pour le plus grand bien de la société ». Il y achève de se forger les convictions qu’il transmet aujourd’hui au chef de l’Etat : « Aucune ambition de pouvoir ne m’habite. En revanche, je suis convaincu que nous n’avons qu’une opportunité pour ne pas être totalement tributaires, dans les dix ou vingt ans qui viennent, de ce qui se passera à l’étranger : utiliser notre intelligence pour former et pour innover. Nous devons moderniser et redynamiser l’enseignement supérieur et la recherche. Pour l’heure, tous les atouts sont encore dans nos mains. Mais, dans quinze ou vingt ans, ce sera fini. Nous aurons été dépassés par plusieurs pays, et nous ne pourrons plus récupérer ce retard. »

                                                                   Patrick Lallemant


1) Jean-Jacques Laffont est titulaire d’un Ph.D (Philosophy Degree) à Harvard, auprès de Kenneth Arrow, prix Nobel d’économie en 1972.

Bernard Belloc en cinq dates

1981 : Rencontre Jean-Jacques Laffont
1998 : Est élu président de l’Université de Toulouse 1
2001 : Devient premier vice-président de la Conférence des présidents d’université (CPU)
2005 : s’installe en Chine, comme conseiller culturel de l’ambassade de France à Pékin
2007 : Est appelé à l’Elysée, en tant que conseiller du président de la République pour l’enseignement supérieur et la recherche

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