Enseignement de l’économie au lycée : où en est le débat ?

L’école véhicule-t-elle une image fausse de l’entreprise et du monde économique auprès des jeunes ? Cette question est au cœur du débat d’actualité, alors que Xavier Darcos vient d’annoncer le lancement en février d’un audit sur les manuels et les programmes d’économie au lycée.

Le Figaro consacrait le 15 janvier un article au contenu des manuels scolaires d’économie, « manuels en accusation », d’après le titre du quotidien. L’article faisait référence aux manuels publiés par les grands éditeurs scolaires et parfaitement conformes aux programmes officiels, qui donneraient une bien piètre image de l’entreprise aux élèves –allant même jusqu’à des dessins caricaturaux de chefs d’entreprise. Outre la question des manuels, une vive polémique a été déclenchée fin 2007, après les propos de Michel Rocard, qui dans le cadre de la réflexion sur la revalorisation du métier d’enseignant de la Commission Pochard, a osé le terme de « catastrophe ambulante » pour qualifier l’enseignement des SES (sciences économiques et sociales) en France.
Il s’en est par la suite excusé et expliqué, devant les innombrables protestations d’enseignants, en adressant un courrier détaillant son point de vue à l’Apses (association professeurs sciences économiques et sociales) , quelques jours après sa déclaration.

Un contexte nécessitant un audit

Suite aux attaques incessantes dont la série ES fait l’objet depuis plusieurs mois (voir les critiques  du président de Positive Entreprise), et à la demande de l’Apses d’un rapport sérieux sur la discipline, Xavier Darcos vient de décider de lancer un audit sur les manuels scolaires d’économie et de sciences sociales. Roger Guesnerie, professeur de théorie économique et organisation sociale au Collège de France, mandaté par le ministre de l’Education nationale, présidera une commission de spécialistes chargée de l’audit, auquel l’Apses prendra d’ailleurs part. L’audit commencera en février et devrait se conclure fin mai. Que donnera-t-il ? Pour le moment, il est difficile d’émettre des hypothèses. Néanmoins, si l’audit révèle de sérieux problèmes dans la conception des manuels, comment les refondre ?

Le point de vue des enseignants…



Dans « Le Grand Débat » de BFM du 14 janvier dernier, portant sur le thème suivant : « faut-il revoir l’enseignement de l’économie ? » le président de l’Apses, Sylvain David, écarte d’emblée une hypothèse. Il indique en effet qu’il s’oppose à la rédaction des programmes scolaires de science économique par des chefs d’entreprise. La pédagogie reste l’affaire des enseignants, et l’objectif n’est pas de « promouvoir la conception de tel ou tel acteur de la vie économique » pour reprendre ses termes (Le Figaro 7/01). Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE, professeur d’économie à Sciences-Po, va dans le même sens, lorsqu’il affirme sur France Inter (dans l’émission « 7 à 10 » du 16 janvier, intitulée « Comment enseigner l’économie ? »), qu’il n’est pas nécessaire d’être chef d’entreprise pour enseigner l’économie ! Il établit une nette distinction entre les programmes officiels, qui prônent une formation de base indispensable sur des notions telles que productivité, investissement etc, et les manuels, qui peuvent parfois donner une image dévoyée de l’entreprise et du monde économique.

Sylvain David, invité de ces deux émissions, qui ne voit pas comment il serait possible de faire l’impasse sur ces notions, propose néanmoins des pistes d’amélioration. Les professeurs devraient faire davantage de stages en entreprise et il faudrait faciliter la visite d’entreprises avec les classes, ainsi que l’intervention en classe d’acteurs du monde économique. Il serait d’avis d’instaurer un enseignement obligatoire de SES en seconde pour tous les élèves. Pour l’instant, cet enseignement y est optionnel, et choisi par seulement 43% des élèves. Il propose même d’étendre cet enseignement en première aux sections S et L.



et celui des acteurs du monde économique…



Mais d’autres pistes, fort différentes, sont suggérées du côté des acteurs du monde économique. Le Figaro (14/01) publie à ce propos une interview de Michel Pébereau, président de BNP Paribas, membre du Haut conseil de l’éducation. Pour lui, la formation des enseignants est décisive : « la formation des enseignants est un enjeu majeur : à ce titre, il est essentiel d’assurer le succès des stages de trois semaines en entreprise prévus par le ministère pour les futurs enseignants en IUFM ». Pour le moment, l’interaction entre école et monde de l’entreprise est totalement insuffisante. D’après lui, les programmes ne « donnent pas à la production et à l’échange, à l’entreprise et au marché la place centrale qui devrait être la leur pour permettre aux élèves de comprendre le fonctionnement de l’économie et la réalité actuelle des entreprises ».

Autre problème : le mélange des disciplines. Jean-Paul Fitoussi fait remarquer sur France Inter (émission du 16 janvier déjà citée) qu’il est très difficile d’enseigner à la fois l’économie et la sociologie. Ce sont deux domaines de recherche universitaire bien distincts. Pourtant dans le secondaire, les professeurs de SES, sciences économiques et sociales, ont en charge les deux disciplines à la fois. Sylvain David répond que les deux disciplines vont de paire. Pour comprendre le fonctionnement de la société actuelle, on ne peut se limiter à l’enseignement soit du fonctionnement de l’entreprise, soit des problèmes sociaux.
 L’audit qui va bientôt commencer et devrait permettre à chacun de s’exprimer, sera peut-être le point de départ d’une nouvelle appréhension des SES. Et une piste clef dans la réconciliation de l’école et de l’entreprise ?

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