L’université a besoin d’argent, pas de réforme.

Elle a besoin des deux. Il est vrai que l’université est globalement sous-financée. De 1975 à 1990, la France a surinvesti dans son enseignement secondaire. Ainsi, elle investit une moyenne de 9276 € par étudiant, contre 9300 € pour un lycéen. La comparaison avec les pays étrangers est également éloquente. Nous sommes devant l’Espagne et l’Italie, mais derrière l’Allemagne, le Japon, la Finlande et le Royaume-Uni qui investissent entre 11.000 et 12.000 €. Quant à la Suède et aux USA, ils investissent respectivement 15.000 et 20.000 € par étudiant. Même si des progrès considérables ont été accomplis depuis la fin des années 90, l’Université française a donc effectivement besoin d’argent. Mais elle a aussi besoin d’être réformée.

L’Etat est en train de vendre l’université au privé.

Faux. D’abord, la loi ne crée pas la possibilité pour le privé d’investir dans les universités. Elle existait déjà. Ensuite, ce serait vrai si l’Etat se désengageait. C’est loin d’être le cas puisqu’il a prévu d’investir 5 milliards d’euros de plus sur cinq ans. Et, pour l’instant, il tient ses engagements. Pour courir ce risque de vente de l’université au privé, il faudrait en outre que la part relative du privé monte à un niveau significatif. Ce qu’elle est loin d’atteindre aujourd’hui, puisqu’elle représente au maximum 3 ou 4% des budgets. Enfin, les instruments de gouvernance des universités, à commencer par le mode d’élection des présidents, où seuls les universitaires ont le droit de vote, empêchent les financeurs privés de peser sur les décisions d’ordre pédagogique.

La recherche fondamentale risque de disparaître au profit de la recherche appliquée.

Faux. Encore une fois, les garde-fous existent et je me demande pourquoi les présidents d’université semblent se faire si peu confiance ! Du reste, même dans les pays où les financements privés sont extrêmement élevés, la part de la recherche fondamentale reste, et de très loin, la plus importante. Ainsi, aux Etats-Unis, elle représente en moyenne 73% des dépenses de recherche, contre 23% pour la recherche appliquée et 4% pour le développement. Par ailleurs, lorsqu’une firme privée y finance une chaire, les règles qui s’appliquent à la recherche produite dans le cadre de cette chaire sont celles de la recherche universitaire. C’est-à-dire qu’elles imposent notamment la publicité des résultats.

Le clivage entre facultés (petites/grandes, riches/pauvres…) va s’agrandir.

Vrai. Mais les disparités ne s’exprimeront pas dans ces termes : Paris/province, petite/grande, riche/pauvre… Ce ne sera pas non plus une affaire de disciplines, même si des écarts de financement existent déjà entre cursus scientifiques et littéraires. Les clivages augmenteront entre les établissements porteurs d’un projet, qui savent se valoriser, et les autres. Car pour trouver des partenariats, dans le privé, mais aussi dans le public, il faut effectivement s’appuyer sur un objectif pédagogique lisible, bien formulé, dont on sait exprimer les bénéfices pour la collectivité… Les inégalités augmenteront donc entre bonnes et moins bonnes universités.

Certaines filières à faibles débouchés professionnels (sciences humaines, sociales…) vont pâtir de la réforme.

Vrai. La loi Pécresse introduit une nouveauté importante : pour la première fois, il est écrit que l’Université a une responsabilité dans l’insertion professionnelle des étudiants. Mais si l’on élargit la focale pour regarder l’enseignement supérieur sur son ensemble, et plus seulement l’Université, ce clivage existe déjà. Parents et étudiants ont déjà fait leur choix depuis longtemps. Ils se précipitent vers les filières sélectives et professionnalisées : BTS, IUT, classes préparatoires qui donnent accès aux grandes écoles de commerce et d’ingénieurs… Et vous ne pouvez pas, au moment du CPE, défiler dans la rue en accusant l’Université de fabriquer des chômeurs et refuser ensuite qu’elle mette en place des politiques pour y remédier. Même si elle doit conserver ses vocations premières : gratuité, diffusion d’une culture générale, formation à l’esprit critique, élévation du niveau de chacun.

Propos recueillis par Patrick Lallemant

(1) : la loi Pécresse du 10 août 2007 est également appelée loi d’autonomie des universités ou loi LRU.
(2) : Emmanuel Davidenkoff, rédacteur en chef à Phosphore, réalise également une chronique sur France Info intitulée Education Info : le chemin de l’école.
(3) : Editions Hachette-Littératures, 2006.