Les huit premières années de sa vie, Gilles Moindrot les passe sous le soleil de Maison-Carrée, l’actuelle El Harrach, une ville située à une douzaine de kilomètres d’Alger. Sa mère y est institutrice et son père mécanicien. En 1963, toute la famille rentre en France et s’installe en Touraine, où sa mère vient d’être nommée. « Je me souviens très bien de la date : c’était le 14 juillet ! » Même s’il avoue garder de cet évènement des souvenirs de peur, d’incompréhension et de tristesse, Gilles Moindrot ne lui accorde guère d’influence sur l’homme qu’il est devenu. La vocation lui vient sur le tard. « Par ma mère, je connaissais forcément bien l’école. Mais, jusqu’en terminale, je n’ai jamais vraiment pensé y travailler. J’ai même fait une année de fac de sciences. Et c’est là que m’est venue l’envie d’enseigner, de découvrir des choses nouvelles et de les faire partager à des jeunes enfants. Je suis donc entré à l’Ecole normale de Tours. »

Les ateliers lecture

Gilles Moindrot obtient ensuite son premier poste. « C’était un poste de remplaçant, en ZIL2. Il m’a permis de découvrir la multiplicité des fonctions. Je remplaçais des collègues de toutes les classes, y compris spécialisées. » Un an plus tard, il est nommé sur un poste fixe, en CM2, à l’école Pierre Sémard de Saint-Pierre-des-Corps, dans la banlieue de Tours. Très vite, il anime des ateliers lecture. « Nous formions un groupe d’enseignants débutants, assez volontaires, et nous travaillions beaucoup sur les textes. Des écrivains et des chanteurs venaient à la rencontre des élèves. Ils leur montraient leurs brouillons surchargés de ratures, leur expliquaient comment ils choisissaient les noms de leurs personnages. Nous aidions ensuite les enfants à écrire des chansons et des textes, qui étaient publiés dans un journal, distribué à tous les parents. »

L’éveil du syndicaliste

Sa carrière de syndicaliste débute à la fin des années 80. « J’ai toujours participé aux actions syndicales, dès l’Ecole normale et après. Au milieu des années 80, j’étais même délégué du personnel. » Puis survient l’éclatement de la Fen3. « Nous avions envie de construire quelque chose de neuf. Nous voulions que l’école change et réponde un peu aux défis. Et, en même temps, nous souhaitions créer un syndicat plus jeune, plus bouillonnant aussi, obtenir des moyens, intervenir sur les salaires… » Les premières réunions départementales se déroulent dans un bar, des contacts se nouent avec les fédérations voisines, plus puissantes, et le nouveau syndicat gagne en représentativité. « Nous avons porté un certain nombre de revendications. Des adhérents nous ont rejoints, nous avons obtenu des locaux… » Gilles Moindrot finit par avoir de moins en moins de temps pour lire les revues scientifiques et les romans policiers qu’il affectionne, comme ceux de Fred Vargas. En 2000, il intègre l’Observatoire national de la sécurité des établissements scolaires. L’année suivante, il est élu au secrétariat national du SNUipp, dont il devient secrétaire général en 2004.

Instit avant tout

S’il bénéficie d’un détachement à temps plein, Gilles Moindrot possède toujours son armoire dans une classe de l’école de Saint-Pierre-des-Corps. Et c’est là qu’il compte bien finir sa carrière. « Dans deux ans, j’arriverai au terme de mon mandat. Et même si je n’y ai pas encore vraiment réfléchi, je pense que je redeviendrai enseignant dans mon école. A chaque fois que j’y retourne, quand je vois mes collègues, les élèves, les tables et les chaises, j’ai un pincement au cœur. Quelque chose me manque, et j’ai envie de le retrouver. La lutte contre l’échec scolaire est au cœur de mon engagement syndical. Je continuerai à la mener, mais dans une salle de classe. » 

                                                                                                                  Patrick Lallemant


1 : Site du Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et PEGC
2 : Zone d’intervention localisée
3 : La Fédération de l’Education nationale a existé de 1945 à 2000, année où elle est devenue l’Unsa Education. En 1992, suite à de profondes divergences, le Snes et le Snep ont quitté la Fen, pour créer la Fédération unitaire syndicale (FSU). Qui rassemble alors des structures anciennes (Snes et snep entre autres) à des structures nouvelles, comme le Snuipp.