Patrick Gonthier : ‘l’absence de création de postes est un obstacle à la réussite du plan Réussir en Licence’

Avec son objectif de diviser par deux le taux d’échec en première année de fac, le plan « Réussir en licence », présenté par Valérie Pécresse, a été plutôt bien accueilli par les syndicats. Qui déplorent néanmoins l’absence de création de postes. Le Secrétaire général Patrick Gonthier nous détaille la position de l’Unsa Education1.

En quoi le plan « Réussir en Licence » a-t-il suscité « l’avis positif » de l’Unsa Education ?

Les propositions présentées telles que la spécialisation progressive sur 3 ans, les possibilités de réorientation, les innovations pédagogiques, les parcours modulables, les passerelles et l’accompagnement personnalisé… sont des annonces très positives. Il y a aussi une meilleure prise en compte de la finalité professionnelle dans les licences généralistes. Tout cela correspond aux évolutions souhaitées, et, en partie, à ce que nous avions proposé au ministre. Ce plan vient enfin répondre au taux d’échec actuel en licence (qui avoisine les 40%, ndlr), un réel gâchis dont nous ne pouvions nous satisfaire. Nous soutenons donc ce plan, tout en restant vigilants.

Comme d’autres syndicats, votre principal reproche porte sur l’absence de création de postes. Pouvez-vous détailler ?

Ce plan prévoit des formes de présence d’enseignement auprès de l’étudiant pour l’encadrer en termes de méthodologie de méthode, de travail et de suivi personnalisé. La ministre demande 5 heures supplémentaires par semaine. Ce sont des chiffres considérables. Or, les professeurs nous disent, qu’entre la recherche, les cours à donner et les accompagnements auprès d’étudiants qu’ils effectuent déjà, ils arrivent au maximum de ce qu’ils peuvent donner. Pourtant, aucune création d’emploi n’est prévue, tant chez les enseignants-chercheurs que chez les personnels Biatos2. L’objectif d’encadrement qui est demandé ne peut donc pas être atteint. L’absence de création de postes est un obstacle à la réussite de ce plan que la ministre ne veut pas lever. Pourtant la ministre a précisé qu’elle comptait recruter 2250 moniteurs (étudiants en thèse qui bénéficient d’une allocation)… C’est insuffisant. C’est un palliatif qui ne permettra pas d’aller jusqu’au bout de la logique de la refonte du système. Car ce sont des emplois non durables qui vont être recrutés. Au risque de voir le plan remis en cause au fil des heures qui disparaîtraient ou des équipes qui tourneraient. C’est bien la création de postes d’enseignants et du personnel Biatos sur le long terme qui est indispensable.

Y a-t-il d’autres revendications ?

Ces heures supplémentaires nécessitent, et la ministre en est consciente, la formation des personnels. Car nombre d’enseignants-chercheurs et de personnels administratifs n’ont pas ces notions de suivi individualisé. Il faudra donc mettre en place un plan de formation pour chaque université. Le second aspect concerne l’articulation entre la terminale et l’entrée en licence, puisque la question de l’orientation est déterminante. La ministre l’a évoquée, mais c’est insuffisant. Il est nécessaire de compléter la structure avec le ministre de l’Education, qui ne semble pas avoir la même volonté… Pour preuve, tout ce qui était suivi personnalisé, comme les travaux personnels encadrés par exemple, a été supprimé. Question d’économie. La terminale risque donc d’être le maillon faible. Il manque un travail commun entre les deux ministres.

Ce projet ambitieux n’est-il pas un moyen pour la ministre de faire passer la réforme des universités, qui continue de faire débat ?

Je ne crois pas, puisque la loi LRU3 a été acquise sur le plan législatif. Bien qu’elle reste contestée. C’est plutôt entre le plan licence et le chantier sur les personnels de l’enseignement supérieur (qui vient d’être ouvert par Valérie Pécresse, le 18 décembre, ndlr) qu’il y aura une porosité. En effet, le plan licence aura une résonnance sur les personnels. Le plan licence modifie la place des enseignants-chercheurs et des personnels Biatos dans l’accompagnement éducatif. Dans le même temps, si l’on ouvre un chantier sur les personnels, c’est pour recruter d’autres personnes, pour les former et les payer différemment. La ministre n’a pas fait deux chantiers pour faire diversion, mais elle veut les cloisonner. Or, ces deux dossiers ne sont clairement pas étanches.

                                        Propos recueillis par Lise Bollot


(1) Site de l’Unsa Education


(2) BIATOS (Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, de service et de santé)
(3) Loi d’autonomie des universités adoptée le 10 août 2007.

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