Service minimum, le débat continue sur l’accueil des élèves

Evoqué en filigrane l’été dernier par le Premier ministre, le projet d’extension du service minimum à l’Education nationale a été confirmé en décembre par Xavier Darcos. Un accord devrait être trouvé en 20081. Atteinte au droit de grève ? Simple uniformisation des pratiques ? Les avis concernant l’accueil obligatoire des élèves au primaire sont partagés.

Faire en sorte que « les enfants soient accueillis, ne soient pas à la rue », c’est en ces termes que le ministre de l’Education, Xavier Darcos, a justifié sa volonté d’établir un accord sur le service minimum des enseignants, en cas de grève. Cette mesure, qui concernera exclusivement les écoles primaires2, vise, officiellement, à « formaliser » une situation assez coutumière les jours de débrayage : l’accueil des élèves par des enseignants, sans obligation pour ces derniers d’assurer les cours. Et d’éviter ainsi tout risque de fermeture d’école par excès d’enseignants grévistes.

« Une solution ultime »

« Nous ne voulons, en aucun cas, que l’on touche au droit de grève des enseignants et nous demeurerons très raides sur ce point », insiste Luc Bérille, secrétaire général du SE-UNSA. Il poursuit : « si le gouvernement légifère dans le sens d’un accueil obligatoire, alors ce droit démocratique fondamental sera bel et bien remis en cause. Nous entendons la distinction faite par le ministre entre accueil et enseignement et nous ne sommes pas hostiles à l’organisation de garderies, mais en faire un a priori (outre le débat sur la nature réelle des activités à mener par les enseignants ces jours-là), constituerait une atteinte grave aux droits de quelque 300.000 fonctionnaires ! »
Conscient des multiples problèmes engendrés par le fonctionnement actuel des écoles les jours de grève (classes en sureffectif, surveillance compliquée, voire école fermée), Luc Bérille précise : « la grève ne doit pas être utilisée à tout bout de champ. Elle reste, au contraire, une solution ultime que nous hésitons toujours à choisir tant elle entraîne, nous le savons bien, des perturbations du côté des élèves, des familles et de nos propres feuilles de paie. Nous préférons de loin privilégier les négociations aux situations de conflits. Or, de mémoire de secrétaire général du SE-UNSA, nous n’avons encore jamais été invités au dialogue social, pourtant prévu par la loi, dans les périodes de préavis de grève ».

« Un service de garde »

A l’image de 79% des Français interrogés sur le sujet3, Anne Kerkhove, présidente de la PEEP se dit, quant à elle, favorable à l’instauration d’un service minimum dans l’enseignement public. « Les parents d’élèves veulent pouvoir compter sur la présence d’un adulte référent dans les classes. Nous ne parlons pas là d’un service de garderie mis en place dans l’urgence et au détriment de la sécurité des enfants, mais d’un accueil de qualité à vocation éducative4 », souligne la responsable fédérale. « Nous sommes attentifs aux revendications enseignantes, mais nous trouvons parfaitement injuste que la scolarité des enfants pâtisse de la situation. Il ne s’agit pas de renier le droit de grève, mais d’envisager l’instauration d’une sorte de service de garde, comme cela se pratique dans d’autres corps de métier », ajoute Anne Kerkhove.
Elle s’interroge : « puisque les enseignants sont censés travailler en équipe, pourquoi ne pourraient-ils pas s’organiser entre eux, en amont, pour garantir l’accueil des élèves ? Pourquoi sont-ils encore si nombreux à refuser d’informer précisément les parents d’élèves de leur participation, ou non, à tel ou tel débrayage ? » Celle qui plaide pour une communication « minimale, mais systématique » en période de grève, demande aux enseignants d’avoir une attitude « collective et responsable » qui permette aux familles de s’organiser. Et de conclure : « l’idéal serait que tout cela se mette en place et fonctionne sur la base du volontariat, sans désignations arbitraires. Nous ne sommes pas pour les mesures fortes, ni la coercition, mais nous n’acceptons plus de voir des élèves pris en otage ».

Marie-Laure Maisonneuve

(1) Voir la lettre de l’éducation sur l’accord sur le service minimum
(2) Les établissements du secondaire (collèges et lycées) restent ouverts les jours de grève.

(3) Sondage Ifop pour SOS Education, juillet 2007.
(4) La PEEP s’était déjà prononcée pour « une continuité de certains enseignements » les jours de grève, à la suite des déclarations de François Fillon sur le service minimum (17/07/07).

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