L’EPS a-t-elle une incidence sur le poids et la santé des élèves ?

A l'heure où le secrétaire d'Etat aux Sports, Bernard Laporte, annonce une heure supplémentaire d'EPS en école primaire à la rentrée 2008, l’étude ICAPS1 démontre que la pratique d’une activité physique régulière, en sus de l’EPS, a une incidence positive sur la santé des adolescents2. Michel Fouquet, le secrétaire national du SNEP-FSU 3en charge du sport scolaire, réagit.

Comment interprétez-vous les résultats de cette étude ?

Cette démarche scientifique confirme le bien-fondé de la volonté générale qui consiste à inciter les jeunes à augmenter leur activité physique. Le SNEP, qui plaide en ce sens depuis de nombreuses années, ne peut que se déclarer très satisfait par cette enquête qui prend appui sur l’éducation physique et le sport scolaire pour les étendre à des pratiques complémentaires. L’EPS n’est pas une finalité et ne constitue pas, en l’état actuel des choses, sur le plan de la santé publique, une source constante et suffisante de dépense énergétique. Et l’étude le démontre. Cela étant, le sport scolaire et l’EPS en particulier restent le seul dispositif capable de toucher une très large majorité des enfants et adolescents…

Mais ne doit-on pas voir, dans les conclusions de cette « expérience », une remise en cause de l’efficacité des cours d’EPS ?

Les activités proposées dans le cadre d’ICAPS ne constituaient pas une alternative à l’EPS, mais un complément. Les séances pouvaient se dérouler, selon le cas, dans l’enceinte de l’établissement ou à l’extérieur, mais toujours dans des conditions très différentes (en termes d’effectifs notamment) de celles des cours d’EPS. Si les chercheurs qui ont mené ce travail avaient voulu évaluer précisément l’efficacité des séances d’éducation sportive (ce qui, me semble-t-il, n’est pas l’objet de l’étude), il leur aurait fallu observer un troisième groupe témoin constitué d’élèves totalement privés d’EPS ! Il y a fort à parier que les courbes de poids de ces collégiens auraient très nettement témoigné de ce manque.

Pensez-vous qu’une heure d’EPS hebdomadaire supplémentaire au collège permettrait d’obtenir des résultats analogues et notamment en matière de lutte contre le surpoids ?

Il ne faut pas le cacher. Au collège comme au lycée, les heures d’EPS prévues par les programmes actuels4 sont très souvent des horaires fictifs. Le temps perdu dans les déplacements et dans les vestiaires réduit considérablement la durée des cours. De plus, les effectifs des classes ne permettent pas à chaque élève d’être dans un effort constant tout au long de la séance. Si l’on ajoute les entraves liées aux installations elles-mêmes (souvent trop petites ou mal adaptées), le raisonnement horaire est faussé. Cela étant, l’heure supplémentaire que nous réclamons dans l’optique finale des 5 heures pour tous permettrait à l’évidence d’optimiser les séances ; l’EPS aurait ainsi un impact plus conséquent sur la santé des élèves.

Précisément, quelles sont vos revendications en la matière ?

Du plus et du mieux. Le plus, ce sont des heures supplémentaires, pour d’augmenter le temps de pratique réelle. Le mieux, ce sont des efforts à faire en matière d’installations sportives et de formation (initiale et continue) des enseignants. Ces derniers, auxquels on demande de savoir gérer de gros effectifs et des niveaux très différents, doivent être capables de faire un choix éclairé d’activités de sorte à favoriser des pratiques soutenues susceptibles d’avoir une influence sur le poids et la santé des élèves. Dans cette même optique, nous travaillons à une proposition de réforme du brevet des collèges afin d’y introduire une certification d’épreuve d’endurance.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve



(1) L’étude ICAPS (Intervention auprès des collégiens centrée sur l’activité physique et la sédentarité), publiée en septembre, a été menée pendant quatre ans par une équipe de chercheurs de l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, à l’initiative du Pr. Chantal Simon, auprès de 1000 élèves (en 6e en 2002) issus de huit collèges du Bas-Rhin. Elle a consisté à faire suivre à la moitié de ses élèves (4 collèges « actions » et 4 collèges « témoins ») un programme libre d’activité physique en plus des cours d’EPS, dans l’enceinte de l’établissement comme à l’extérieur, pendant les loisirs et la vie quotidienne. Et de mesurer les effets de ce programme sur les comportements sédentaires, le risque de prise de poids excessif, le risque cardiovasculaire etc.
(2) Lire la lettre de l’éducation sur l’étude
(3) Syndicat national de l’éducation physique
(4) Collège : 4 heures hebdomadaires en 6e, 3 heures hebdomadaires en 5e, 4e et 3e. Cas des SEGPA : 2 heures hebdomadaires en 3e. Lycée : 2 heures hebdomadaires en 2e, 1e et terminale.
(5) Lire aussi l’article « Le sport à l’école, la solution aux problèmes d’obésité ? »

Cette étude plaide-t-elle en votre faveur ?

Complètement. Tout comme le texte sur le rôle du sport dans l’éducation5 adopté par le Parlement européen le 13 novembre dernier qui se prononce clairement pour la promotion de l’activité physique à l’école. La lutte contre les problèmes d’obésité et de santé de nos adolescents (même s’ils ne relèvent pas que du seul manque d’activité physique) est l’un des objectifs de l’EPS.

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