Iman Bassalah : la prof qui ne rêvait pas d’école

De son expérience dans l’Education nationale, Iman Bassalah a tiré un ouvrage au titre accrocheur : « Profs Academy »1. Présenté comme « le premier livre-réalité sur la vraie vie des profs trentenaires », ce docu-fiction retrace le parcours de cette ex-enseignante de français en rébellion contre l’institution.

Elle a un joli rire. Et elle s’en sert souvent. Comme pour mettre un peu de distance, quand les propos sont lourds. La parution de son ouvrage et la belle reconnaissance littéraire qui l’accompagne lui permettent, à 32 ans, de se « ressembler de plus en plus ». Pour évoquer sa vie, Iman Bassalah cite Hemingway : « on ne va jamais aussi loin que quand on ne sait pas où l’on va » et se revendique de cette espèce qui s’enrichit de ses errances.

« Petit singe savant »

Dans « Profs Academy », où toute ressemblance avec la réalité n’est pas fortuite, on la retrouve sous les traits de Camilla Balilla. Une fille d’immigrés italiens qui, après des premières armes dans la communication, l’édition et la presse, tente, au fil de l’histoire, d’obtenir un Capes de lettres modernes et de se réfugier dans la fonction publique. Dans la vraie vie, elle est Iman Bassalah, née à Tunis, élevée à Vincennes. Pour en finir avec « les années de bohème littéraires et journalistiques » chères à son anti-héroïne, elle se retrouve à enseigner le français dans le collège où elle a jadis étudié. Brillamment, soit dit en passant. Car oui : Iman, arrivée en France à l’âge de trois mois, a toujours suscité l’admiration. Le « parfait prototype de la première de la classe » et son statut de « petit singe savant » ont fait la fierté de ses professeurs.

Enseignante par défaut

Dès l’âge de six ans, elle fréquente assidûment la bibliothèque municipale et excelle, avec constance, de l’école primaire jusqu’à la Sorbonne. « Privée » d’hypokhâgne « car je servais de soutien à ma famille comme beaucoup d’enfants de l’immigration de travail », Iman obtient un DESS édition et une maîtrise de lettres modernes. Les deux avec mention très bien. Major de sa promotion, elle anticipe déjà le privilège accordé aux étudiants de sa trempe : faire un stage aux Editions de la Pléiade… Mais, l’expérience qui lui revient de droit est « offerte à une autre personne pour de bien curieux motifs ». Cette violente injustice lui ouvre les yeux sur « un fonctionnement souterrain » et le silence qu’elle s’efforce alors de garder « pour ne pas devenir victime, encore et toujours » évolue peu à peu en une colère exprimée. « C’est arrivé en jet lag. Plus jeune, j’avais trop de poids sur les épaules pour avoir le loisir de me rebeller. Après mes diplômes, j’ai commencé à travailler dans les métiers du livre et de l’édition, mais là encore, les différences de traitement, les conflits, la pression… » Sa franchise et la fatigue accumulée lui jouent des tours. Elle démissionne du journal Jeune Afrique qui l’emploie et passe, par défaut, les concours de l’enseignement « dans un souci de stabilisation professionnelle ». Un Capes de lettres modernes obtenu sans peine lui ouvre la porte des collèges de l’académie de Paris.


« Finie la mascarade ! »

La suite : ses conflits ouverts avec les formateurs, l’évaluation des élèves jugée trop présente, son « allergie violente pour les bien-pensants de l’Education nationale »… on les saisit entre les lignes de son livre et, plus encore, dans un billet publié en octobre dernier dans les colonnes de Libération, qui marque, après cinq années d’enseignement, sa rupture consommée avec le métier de prof. Extrait : « J’ai pas envie d’aller à l’école et voir des profs qui se mentent ou d’autres qui se vengent. Des religieux ou des diables dans l’enseignement, rarement de la tempérance, beaucoup d’aigreur qui transpire et s’évapore, eux non plus ne rêvent plus. Ils étaient des intellectuels, ils sont devenus des infantilisés de l’Etat, ils ont peur de l’inspecteur, ils ont peur des parents, ils ont peur des enfants, ils ont peur de dire qu’ils gagnent si peu de sous, allez, moins qu’une secrétaire au début, car ils croient que c’est tout ce qu’ils méritent et ils ne savent jamais s’ils font bien leur travail, alors voilà c’est déjà pas si mal quand on ne sait pas si malgré toute cette énergie on travaille. »

Rassérénée par la sortie de son premier ouvrage qui la remet en phase avec son « vrai destin », Iman Bassalah planche aujourd’hui sur plusieurs projets littéraires. Et distille sa vision distanciée de la société sur un blog où elle se dépeint, non sans rire, comme « la très prochainement goncourable Iman Bassalah ». « Finie la mascarade ! » lâche enfin cette parisienne de sa voix mutine de fée des djinns. « L’écriture a repris ses droits sur moi ».


 


Marie-Laure Maisonneuve 


 


(1) « Profs Academy », Editions de la Martinière, 2007

Iman Bassalah en cinq dates

1981 : Elle reçoit son premier livre « Barbapapa » à 6 ans.
1993 : Elle entre à la Sorbonne.
1998 : Elle découvre « la discrimination sournoise du monde des lettres » tandis qu’elle n’est pas retenue pour d’un stage aux Editions de la Pléiade.
2002 : Elle passe le Capes de lettres modernes.
2007 : Publication de « Profs Academy ».

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