Pourquoi le titre « On dirait que… » ?

C’est le début d’une phrase de jeu d’enfants, c’est « on dirait que tu es un médecin, je serais un patient », ou « on dirait que tu es le gendarme, je serais le prévenu ». Les enfants disent d’ailleurs, « on disait que », mais cela n’aurait pas été clair pour le titre !

Pourquoi avez-vous choisi de faire le film avec des enfants de 8 à 12 ans, et non avec des tous-petits ou des ados ?

Avant de faire mon film définitif, j’ai d’abord essayé de travailler avec des enfants plus petits de 6 à 10 ans, mais cela n’a pas fonctionné. Ils avaient du mal à se concentrer sur la durée et ayant moins conscience de ce que sont les métiers de leurs parents que leurs aînés, la représentation qu’ils pouvaient en avoir et faire passer à l’écran était moins intéressante. Quant aux ados, j’en ai rencontré également, je leur ai parlé du projet, mais cela ne les intéressait pas. Pour eux, l’univers des parents n’est plus l’univers de référence. De plus, entrer dans l’adolescence, c’est commencer à avoir une image de soi, donc à être mal à l’aise, surtout devant une caméra. Pour que le dispositif fonctionne, il faut cette fraîcheur, cette innocence qu’ont les enfants.

Pouvez-vous nous expliquer le choix des sept métiers représentés dans le film ?

L’idée, c’était de prendre des métiers génériques que tout le monde connaît. Ce qui importe, c’est le point de vue de l’enfant, pas la découverte du métier. Donc, il faut des métiers connus de tous, auxquels on a tous affaire. L’autre point important, c’est que les enfants soient au contact direct du métier de leurs parents. Prenons l’exemple des enfants de gendarmes : bien entendu, ils ne sont pas là lorsqu’il y a un interrogatoire, mais ils vivent dans la caserne, entendent les appels lorsqu’il y a un accident, voient les arrestations. De même, les enfants de médecins, même s’ils ne sont pas à l’intérieur du cabinet, vivent souvent juste à côté ou font même parfois leurs devoirs dans la salle d’attente.

Oui, ou encore l’enfant de restaurateur : il fait la plonge le samedi soir quand ses parents sont débordés au restaurant !!!

En effet ! Les enfants sont imprégnés par la vie professionnelle de leurs parents, par les mots et les gestes de leurs parents. Même si ce que l’on voit dans le film, c’est le ressenti des enfants : ce qu’ils jouent, ce n’est pas forcément ce qu’ils ont vu ou entendu.

Les sept métiers choisis dans votre film le montrent parfaitement. Mais il serait intéressant aussi de faire ce travail sur les métiers de bureau par exemple…

Oui, c’est vrai, mais ce serait l’objet d’un autre film : comment les enfants comprennent le métier de leurs parents quand ils ne le voient jamais…

Revenons maintenant sur les enfants d’enseignants, présents dans votre film. On se rend compte ici à quel point le rôle de l’environnement familial est important pour la scolarité. Ces enfants apparaissent en effet très sensibilisés à l’idée de faire leurs devoirs, et à l’idée de ne pas « décrocher  » en classe. Avez-vous voulu faire passer un message sur le rôle de l’environnement familial pour la réussite scolaire de l’enfant ?

Ce que je pense personnellement par rapport à la scolarité -je ne sais pas si c’est dans le film- c’est qu’un enfant aura une bonne scolarité si ses parents valorisent l’école, quel que soit son milieu social. Mon message serait celui-là, si j’avais voulu en faire passer un dans mon film, ce qui n’est pas le cas.

Qu’est-ce que le film a apporté aux enfants qui y ont participé ? Et aux autres enfants ? Et que peut-il apporter aux élèves et aux professeurs des écoles ?

Les enfants ont ressenti une grande joie au moment du tournage, ils voulaient toujours continuer, même une fois la journée terminée ! Ils ont éprouvé de la fierté : dans le film, ils étaient en position de connaisseurs, ce qui est très valorisant pour les petits.

Cette démarche a–t-elle une réelle valeur pédagogique ?

Absolument. Pour les enfants qui n’ont pas participé au film, mais qui l’ont vu, la première réaction est de vouloir prendre la parole ! Le premier effet induit par le film, c’est bien l’envie de s’exprimer.

Avez-vous envie de refaire un film avec les enfants ?

Oui, dans quelques années, j’aimerais bien refaire un film avec les mêmes enfants et voir ce qu’ils sont devenus ! Et maintenant que le dispositif est bien rôdé, pourquoi pas faire de petits films pour la télé sur d’autres métiers…


*Synopsis : « On dirait que… » et l’imaginaire se met en marche. Des enfants de 8 à 13 ans, fils et filles de médecins, d’agriculteurs, de gendarmes ou d’épiciers jouent devant la caméra au métier de leurs parents. Rien n’est écrit, ni répété : ils improvisent.