Voix éraillée, chat dans la gorge, extinction de voix… Sans être reconnus comme une pathologie professionnelle, les troubles de la voix sont pourtant intimement liés à l’absentéisme des enseignants. Et leur impact est « bien plus important que ne le laisse présager la simple perturbation acoustique. Il retentit sur la vie professionnelle et sociale de la personne, sur le mental, le physique, l’émotionnel et la communication », soulignent les auteurs de l’étude.

Des symptômes qui ne trompent pas

« Si les femmes se plaignent fréquemment d’une fatigue vocale, d’un manque d’efficacité en voix criée ou d’une montée involontaire dans les aigus, les hommes évoquent plutôt un assourdissement de la voix. Dans tous les cas, l’enseignant a le sentiment d’une voix non libre et inefficace qui peut, à certaines périodes de l’année scolaire3, aller jusqu’à s’éteindre », explique Marianne Malifaud, responsable de la formation « voix, corps » à l’IUFM de l’académie de Créteil. La formatrice, qui n’entend nullement se substituer aux phoniatres et autres médecins ORL, poursuit : « les stagiaires disent avoir mal à la gorge le soir, souffrir de rhinopharyngites à répétition, éprouver une fatigue générale… »

Posture et respiration

D’abord « la voix flanche, puis le physique. Et pour cause : sans le savoir, ces enseignants ont en réalité un problème de posture et par conséquent de respiration ! », observe la formatrice. Les troubles apparaissent notamment en situation de stress, quand il y a une prise d’autorité. Avec Marianne Malifaud, les stagiaires apprennent donc à bien se tenir. « On respire comme l’on se tient », insiste-t-elle, « adopter une posture de fermeté voire de combat, ou tout simplement, une position inadéquate, telle la maîtresse de maternelle qui doit se baisser exagérément pour parler à ses élèves, bloque la respiration et provoque une pression contreproductive sur les cordes vocales ».

Entraînement et hygiène vocale

Notre spécialiste de la voix est formelle : « contrairement aux idées reçues, le fait de crier n’est pas déterminant dans l’apparition des troubles. Il s’agit davantage d’un problème d’endurance vocale et de mauvaise utilisation musculaire. Le plus souvent, dans un environnement acoustique peu satisfaisant ». Pour preuve : les écarts de prévalence4 des troubles entre les différentes disciplines ont tendance à se réduire. Autrement dit, si les cours de musique ou d’EPS demeurent toujours propices au développement des symptômes, les enseignants de sciences ne sont plus épargnés.

Cette généralisation des maux pousse la formatrice à axer ses stages sur la prévention : « il est important de comprendre les mécanismes physiologiques de la voix pour en saisir les dysfonctionnements. Sans négliger la part psychologique de certains troubles vocaux, beaucoup relèvent d’un problème mécanique. Corriger les mauvaises postures, dénouer les raideurs, réapprendre à respirer dans le confort, à ne pas avoir peur du silence… Tout cela se travaille et s’entretient par des exercices et des techniques proches de celles développées au théâtre. Elles devraient faire partie intégrante de la formation initiale des enseignants ». Autre conseil : il faut surveiller son hygiène vocale. Dormir suffisamment, limiter la prise de médicaments, de café, de thé, éviter de fumer, prendre ses distances avec la poussière de craie… Bref, entretenir et prendre soin de son outil de travail.

Marie-Laure Maisonneuve

(1) « La voix, ses troubles chez les enseignants », Ed. Inserm, septembre 2007. Cette étude a été initiée à la demande de la MGEN qui avait déjà réalisé une première enquête en 2005, de moins grande ampleur.
(2) Une femme enseignante sur deux déclare souffrir de troubles de la voix contre un enseignant sur quatre (Enquête Santé MGEN 2005).
(3) Les problèmes de voix surviennent davantage en fin de trimestre et en début d’année (Enquête Santé MGEN 2005).
(4) En épidémiologie, la prévalence est la mesure de l’état de santé d’une population à un instant donné.