Christian Forestier, quand l’école joue son rôle d’ascenseur social

Tour à tour président d’université, recteur, inspecteur général et directeur de cabinet, Christian Forestier affiche un CV aussi impressionnant que sa carrure. Parcours de ce fils de « prolos » qui, grâce à sa bonne étoile, côtoie depuis 25 ans les plus hautes sphères de l’Education.

Comment un petit-fils d’ouvriers agricoles devient-il plus jeune recteur de France ? « La chance. Ma vie en est une succession », affirme Christian Forestier. Qui raconte comment il a pu profiter, grâce à sa mère ouvrière, de l’école Michelin1 de Clermont-Ferrand. Parce que la sélection y est « épouvantable » et la discipline « de fer », ceux qui passent entre les mailles du filet sont réputés bons et repérés. C’est le cas de l’élève Forestier poussé à réintégrer le lycée public, pour de plus longues études. Reconnaissant envers ses professeurs « investis dans leur mission de détection », il imagine mal qu’un parcours original comme le sien soit encore possible aujourd’hui. « Peut-être parce que la sociologie du métier d’enseignant a changé ? », s’interroge celui qui est désormais membre de la commission Pochard sur la revalorisation de la profession.

Autre opportunité : l’Insa2 de Lyon. Ou comment Christian Forestier, bac math-élem en poche, s’est laissé séduire par le dépliant de cette école atypique. Son mode de recrutement, uniquement sur entretien, lui permet de sélectionner des élèves doués aux parcours hors-normes. « Cette école considérait le modèle élitiste classes prépas-grandes écoles comme obsolète. Elle faisait du Sciences-Po avant l’heure », vante Forestier. Une idée qu’il reprendra d’ailleurs plus tard en 91, alors recteur à Créteil. Il ouvrira la première math-sup en Seine-Saint-Denis. « Sa classe Benetton », comme il l’appelle fièrement en raison de sa population bigarrée, est un succès.

Militant : de la fac…

Sa période à l’INSA coïncide avec une actualité politique chargée : fin de la guerre d’Algérie, préparatifs de 68… Pas étonnant que l’étudiant Forestier tombe dans le militantisme d’extrême gauche. Il entre à l’Union des étudiants communistes, « encore une chance », qui lui permet de rencontrer Henri Weber et de croiser Kouchner. Jugé brillant, mais trop agité, ce jeune ingénieur en électronique délaisse sa thèse pour devenir maître auxiliaire à l’IUT de Saint Etienne. Monté très vite en grade, il est président de l’université en 78, quand il apparaît au sein de la Conférence des Présidents d’Université comme le chef de file de ces universités « nouvelle génération », en opposition frontale avec la politique de l’époque. Un engagement qui lui permettra de faire partie de la vague de recteurs nommés en 81. A 36 ans, il est le plus jeune d’entre eux. D’abord Reims, puis Dijon quand « Mitterrand et Savary voulaient un recteur de confiance ». Aujourd’hui, proche de Fabius, Christian Forestier n’a jamais caché ses opinions politiques.

…aux ors du ministère

Une fois arrivé au ministère, « sa maison », il ne la quittera plus. Ce travailleur de l’ombre a su résister à l’alternance gauche-droite et sa valse de ministres. A la cohabitation, on le nomme à l’inspection générale. Puis directeur des lycées et collèges à la période Bayrou. « Ce qui a joué, ce sont nos origines populaires. Cela crée des liens ». Promu directeur des enseignements supérieurs, après l’élection de Chirac en 95, il est de nouveau recteur sous Allègre, puis est « choisi par consensus au plus haut niveau de l’Etat » comme directeur du cabinet de Jack Lang, en 2000. Pour continuer le combat Déterminé, charismatique, enjoué et sensible sous sa carrure massive, Christian Forestier a su plaire. Avec cette vision très personnelle sur l’éducation : « l’école ça se pilote à l’affect et pas à coups de pied au cul »3. Aujourd’hui, à 63 ans, c’est plutôt à coups de rapports critiques et d’expertise « responsable » – pour le compte du Haut conseil de l’Education et du Céreq4 dont il est président – que Christian Forestier continue le combat. Volontaire, il se dit prêt à « revenir sur le devant de la scène » : « si Darcos m’appelle, il peut compter sur moi ». Avec une mission toute trouvée : les « 20% d’élèves sortis sans diplôme et qui n’ont pas de boulot ». Ceux qui ont eu moins de chances.


 


Lise Bollot


 


(1) Créées par l’entreprise de pneumatiques à Clermont-Ferrand, ces écoles permettaient de former les enfants des salariés.
(2) Institut national des sciences appliquées.
(3) Phrase que lui prête Hervé Hamon dans son livre « Tant qu’il y aura des élèves », Ed. Seuil, 2004.
(4) Centre d’études et de recherches sur les qualifications.

Christian Forestier en cinq dates

1944 : naissance à Aubière, dans la banlieue de Clermont-Ferrand
1981 : devient plus jeune recteur de France, à Reims.
1985 : est nommé inspecteur général de l’Education nationale
2000 : est promu directeur du cabinet de Jack Lang, ministre de l’Education nationale
2007 : est membre de la commission Pochard

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