Parmi les nombreuses idées débattues, un des propos d’Alain Finkielkraut retient l’attention : « le collège unique a arrêté la mobilité sociale ». Les chiffres le prouvent : les élèves issus de milieux défavorisés intègrent de moins en moins les grandes écoles. Il propose donc de créer des pôles d’excellence en banlieue pour les meilleurs éléments. Philippe Meirieu remarque alors que se pose la question de savoir ce que l’on va faire des autres ? Il est impossible de les laisser dans la nature.
Xavier Darcos réagit en soulignant que l’école n’est pas seule. L’école s’intègre dans un environnement.
C’est pourquoi l’école doit apporter beaucoup : le témoignage d’un professeur de latin-grec, Augustin D’humières, enseignant au lycée Jean Vilar de Meaux, un lycée plutôt défavorisé, est particulièrement éclairant. Il l’affirme et le constate : la grande culture, en l’occurrence le latin et le grec, en banlieue, ça marche ! Encore faut-il montrer les choses…
Mais l’enseignant souligne immédiatement que le gros problème auquel il est confronté, c’est que ses élèves brillants, ceux qui ont le bac général avec mention, n’iront pas plus loin. Parce que leur environnement ne leur donne pas les outils de référence nécessaire : Augustin D’humières cite l’exemple des écoles X-Mines. Pour un élève favorisé, cela signifie futur « patron du CAC-40 ». Pour ses élèves à lui, un nouveau groupe de rap…

Alors à qui la faute ? Est-ce parce que, comme le dit Alain Finkielkraut, depuis des années « on prive les élèves d’un bonheur exceptionnel, celui d’être enseigné  » et qu' »on les laisse dans l’angoisse d’avoir tout à découvrir par eux-mêmes » ?
Mais le retour à l’écoute de la parole du maître est-elle souhaitable ? Pour Philippe Meirieu, l’enseignant ne transmet pas simplement son savoir : il transmet aussi un rapport au savoir. C’est peut-être bien là que le bât blesse : le rapport au savoir devrait être à la fois plus rassurant, en particulier pour les élèves défavorisés, et plus valorisé, à l’échelle cette fois de la société toute entière, où il n’a plus sa place. Et même à l’échelle des bons élèves, puisque, comme le note Alain Finkielkraut, « le désamour de la langue est aujourd’hui présent chez eux ».

Il faudrait instaurer un rapport au savoir « joyeux » en quelque sorte. Cela relève-t-il, si l’on excepte quelques rares exemples, tel celui de ce professeur de latin-grec présent sur le plateau, de la plus pure utopie ?