« A l’origine, je voulais être professeur de musique, mais mon père ne voulait pas en entendre parler. Aussi loin que je remonte dans ma mémoire, je me suis toujours vu comme quelqu’un qui aimait transmettre, communiquer, débattre de ce qu’il avait appris. »
D’une voix posée, le ministre de l’Education détaille son parcours d’enseignant : une première année – celle de son stage d’agrégation de lettres classiques – dans un collège de Périgueux, puis professeur de terminale et de classes préparatoires dans un lycée de la ville, et enfin de khâgne aux lycées Montaigne de Bordeaux puis Louis-le-Grand à Paris.
« C’était vraiment une vocation, alors que rien ne m’y prédestinait. Mon père était trésorier-payeur général. Ma mère, qui sera centenaire cette année, s’occupait de ses huit enfants, nous faisait une cuisine exceptionnelle, nous jouait du piano et nous chantait des mélodies le soir. Je suis le seul enseignant de la famille. »

« Deux voix pour une école »

Passionné de savoir, Xavier Darcos décroche un doctorat de 3ème cycle en études latines et un doctorat d’Etat ès lettres et sciences humaines. « J’aime savoir. J’ai toujours continué à étudier, écrire et publier. C’est comme une gymnastique à laquelle je m’oblige. Il y a quelques mois encore, j’avais repris l’enseignement à Paris IV. J’ai besoin de confronter ma cervelle à celle d’étudiants ou de gens différents de moi. »
C’est ainsi qu’il publie, en 2003, un livre1 où il débat avec Philippe Meirieu, et dont le souvenir le fait encore sourire. « Le livre, très mal supporté par un de mes collègues au gouvernement de l’époque, avait eu un peu de mal à sortir. De cette confrontation, j’ai d’abord retiré du respect pour Philippe Meirieu. C’était surtout l’occasion d’aller jusqu’au bout de ma vérité en face de quelqu’un qui ne pense pas comme moi. Cela dit, l’écart n’était pas toujours très grand, car l’idéal de l’école républicaine n’est pas une spécificité des gens de gauche. Reste une divergence fondamentale : les pédagogistes considèrent que la liberté est un point de départ sur lequel on peut construire des savoirs. Pour moi, la liberté est un point d’arrivée. Pour y parvenir, il faut beaucoup de travail et beaucoup d’efforts. »
Eclectique mais obstiné, comme il se définit lui-même, Xavier Darcos rédige aussi, parmi de nombreux autres ouvrages, une biographie de Mérimée, un livre sur « l’Etat et les églises » ou un ouvrage sur Tacite. Sa passion du moment, qui pourrait faire l’objet d’un prochain livre : « la mélodie française. Je pense qu’actuellement, je suis incollable sur le sujet ! »

Le plus beau mandat

Une autre passion ne l’a jamais quitté, celle qu’il nourrit pour sa ville de Périgueux, dont il est élu maire à 50 ans, en 1997. « De toutes les missions que j’ai reçues, c’est celle qui m’apporte le plus de satisfaction. Aménager une ville pendant dix ou quinze ans, puis passer la main à un autre, qu’y a-t-il de mieux pour un homme ? » Sur cet « attachement viscéral », Xavier Darcos se révèle intarissable. « C’est une ville que je trouve très belle, avec tous les services possibles et imaginables. Et en même temps, il vous suffit de parcourir deux kilomètres pour vous retrouver à la campagne, dans les bois, en train de ramasser des champignons. J’ai besoin d’y retourner le week-end, retrouver mes amis, ma maison, ma bibliothèque, me promener sur le marché… »
Maire, puis sénateur, puis ministre, Xavier Darcos est entré en politique sur le tard, et presque par hasard. « Je n’ai pas adhéré à un parti à 18 ans. On ne m’a jamais vu dans des structures sectaires ou dans un militantisme acharné. Je suis un homme qui, ayant vécu dans l’esprit et les idées, a décidé de passer à l’action pour faire pression sur le cours des évènements. Il n’y a rien de plus honorable, même si, inévitablement, vous vous faites détester, agresser, emmerder aussi parfois ! Mais quel métier n’a pas ses inconvénients ? »

Une retraite dejà planifiée

« Exclu du gouvernement2, assez brutalement » en 2005 Xavier Darcos devient l’ambassadeur de la France auprès de l’OCDE3. « J’y ai appris la géopolitique et une chose qui manque aux Français : l’obligation de se comparer aux autres. » L’après politique, l’actuel ministre, à 60 ans, y a déjà songé. « J’ai toujours dit que je ne solliciterai plus de mandat après 65 ans. Je retrouverai l’Académie des sciences morales et politiques, où j’ai été élu l’an dernier, mes livres et ma vie privée. J’aurai à nouveau le temps de mitonner mes plats préférés, des plats en sauce, pas très légers ! Je m’occuperai aussi davantage de mon dernier fils. Ma première épouse est décédée en 1997 ». Deux ans après cette disparition – une « déchirure énorme »-, Xavier Darcos se remarie. Un petit garçon, aujourd’hui âgé de 7 ans, lui « réapprend toute la vie ». Son frère et sa sœur, issus du premier mariage, ont respectivement 37 et 33 ans. « Il y a donc trente ans d’écart entre mes deux fils, mais tout le monde s’entend bien et forme une vraie famille. »


 


Patrick Lallemant



(1) : « Deux voix pour une école », éditions Desclée de Brouwer, 2003
(2) Il était alors ministre délégué à la coopération, au développement et à la francophonie depuis 2004
(3) : Organisation de coopération et de développement économiques