Sur quels critères vous êtes-vous appuyés pour sélectionner la trentaine de « bons » dossiers ?

Nous avons fait notre choix selon trois grands critères. Nous avons d’abord tenu compte de la cohérence, de l’inventivité des projets et de leur aptitude à mobiliser les élèves et les enseignants. Nous avons également jugé de la capacité de ces actions à associer un objectif scolaire à des activités originales. D’ordinaire peu pratiquées dans les programmes, elles permettent aux élèves de mieux réussir, nous en faisons le pari. Enfin, nous avons été sensibles à l’implication de partenaires extérieurs tels les parents d’élèves ou les différents acteurs concernés par les projets présentés (prisonniers, éditeurs…).

Que peut-on penser de ce palmarès qui a récompensé, au total, huit équipes (quatre prix et quatre mentions)3 ?

Il est toujours difficile de remettre des prix. Dans une société où il est commun de penser que la réussite de certains ne peut aller sans l’échec des autres, ne pas figurer sur la liste des lauréats, quand on a été sélectionné, s’avère souvent douloureux… Ceci étant, en attribuant quatre prix et quatre mentions, nous avons cherché à établir un palmarès qui soit représentatif des différents niveaux de l’école. De la maternelle au lycée professionnel, en lettres comme en mathématiques : tout le monde peut contribuer à l’évolution de l’école. Par le biais des mentions, nous avons notamment souhaité saluer les différents personnels qui se sont investis auprès des élèves dans des initiatives particulièrement originales. Nous tenions à ce que la diversité des innovations soit représentée au travers de nos choix.

En dépit de cette diversité, peut-on parler d’une thématique commune ?

On peut en effet souligner l’émergence d’une thématique très forte : la mobilisation des différentes équipes autour de la lecture et de l’écriture – une table ronde avec les lauréats sur ce sujet aura lieu au Salon de l’éducation, le samedi 24 novembre de 9h30 à 11h. Le propos n’est pas d’insister sur l’importance du savoir lire-écrire-compter, mais bien d’analyser ses véritables enjeux dans notre société actuelle. Parce que lire et écrire ne se résume pas à déchiffrer et à faire des exercices à trous, à maîtriser des savoir-faire techniques et grammaticaux. Nous parlons bien de l’accès à la communication et au lien social, au-delà du SMS. Les lycéens de Vannes, dans leur travail de correspondance avec des détenus de la maison d’arrêt de Nantes, les écoliers de Vaulx-en-Velin engagés dans l’édition de livres, les élèves du lycée professionnel de Belfort et leur action autour de la critique littéraire en sont une remarquable illustration.

Plaisir d’écrire, plaisir de lire, mais aussi citoyenneté et interactivité, tels sont donc les axes forts des projets récompensés. Cela était-il prémédité ?

Le jury est évidemment très sensible aux finalités de l’école ainsi qu’à la formation citoyenne. Innovation scolaire ne signifie pas originalité à tout prix. Ce concours n’a pas vocation à pousser les équipes à se distinguer coûte que coûte, ni à valoriser l’exotisme. Dans notre contexte, l’originalité et l’innovation n’ont pas d’autre raison d’être que de servir les finalités de l’école et la tradition scolaire. Alors oui, sans doute, les axes forts des projets devaient être ceux-là. On ne respecte jamais autant la tradition qu’en la faisant exister dans le présent !


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Les Prix de l’innovation éducative, créés en 2000 par Roger Fauroux, sont organisés par la Ligue de l’enseignement et l’association Pour l’école.
(2) Le Salon de l’éducation se tiendra du jeudi 22 au dimanche 25 novembre à Paris-Expo (Hall 7), Porte de Versailles
(3) Site personnel de Philippe Meirieu.
(4) Palmarès 2007. Les prix : école élémentaire Garcia Llorca de Vaulx-en-Velin (Rhône) pour sa coopérative d’édition ; collège Raimu de Bandol (Var) pour son cahier de texte électronique ; lycée de Gaulle de Vannes (Morbihan) pour son projet « justice-prison » ; lycée professionnel René Cassin de Belfort (Territoire de Belfort) pour son prix « inter-L.P. ». Les mentions : école élémentaire Antoine Balard de Montpellier (Héraut) pour sa démarche pédagogique globale ; REP Alco, collège Las Cazes de Montpellier pour son travail sur la question des origines ; IME Afaser de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) pour son projet « lecture aux petits » ; école Fénelon de Perpignan (Pyrénées-Orientales) pour son travail d’enregistrement d’œuvres littéraires.