C’est en 1971 que la vie de Jean-Marie Blanc bascule. A l’époque, suivant la volonté de ses parents, il suit des études d’ingénieur. Mais il comprend rapidement qu’il ne veut pas exercer ce métier. Il sera donc instituteur et hérite d’un premier poste dans le Vaucluse, pas très loin du mont Ventoux dont il est originaire.

En 1978, il décide de mettre sa carrière entre parenthèses, au profit de sa vie personnelle. « Je voulais notamment me donner le temps de préparer l’arrivée de l’enfant que nous n’avions pas encore avec ma compagne ». Il travaille alors dans les relations publiques et la communication, en particulier pour des collectivités territoriales. Au bout de six ans, estimant « avoir épuisé les charmes de cette activité », Jean-Marie Blanc reprend le chemin des salles de classe et redevient instituteur, dans l’Isère.

12 ans en prison

En 1990, succédant à un collègue qui venait de prendre sa retraite, Jean-Marie Blanc franchit pour la première fois les portes de la maison d’arrêt de Nîmes. « Je n’avais pas d’accointance particulière avec le milieu carcéral, j’y suis allé presque au hasard. Et j’ai découvert un monde où je me suis senti à l’aise. » Chaque année, sur les quelque 400 détenus que compte la prison – pour 180 places – environ 250 personnes participent alors, au moins occasionnellement, aux activités scolaires ou socio-éducatives. « En moyenne, sur la base du volontariat, des cours de géographie aux cours d’informatique, une cinquantaine de personnes fréquentaient un ou plusieurs ateliers chaque semaine. Parallèlement, se définissant lui-même comme un « éternel étudiant », Jean-Marie Blanc reprend des études de sciences de l’éducation, à Lyon, avec Philippe Meirieu. Il ignore encore que, au moment de soutenir sa thèse, son aventure carcérale aura tourné court.

Incompatibilité d’humeur

« En 98, un nouveau directeur est arrivé à la maison d’arrêt, beaucoup plus rigide que son prédécesseur. La situation est devenue vraiment conflictuelle entre nous au bout de trois ans, quand il a décidé que nous allions faire classe en étant enfermés à l’intérieur de la salle de cours. Jusqu’alors, celle-ci n’avait jamais été verrouillée et cela n’avait jamais posé le moindre problème. » Pour Jean-Marie Blanc, cet « emprisonnement dans la prison » était incompatible avec l’objectif de sa mission : offrir une forme de liberté et d’ouverture par l’éducation. « Tout le monde en convient : la prison est une formidable machine à récidive. L’enseignement me semble une façon, certes marginale, d’y apporter un peu d’espoir et de culture. Il permet aussi de mieux comprendre le monde. Enfin, l’intervention d’une personne extérieure constitue le moyen de convaincre les détenus que leur sort n’est pas indifférent à une partie de la société. »

Toujours militant

Mais, par delà le prétexte initial, Jean-Marie Blanc n’est pas dupe quant aux vraies raisons de son exclusion. « Je crois surtout que le nouveau directeur n’avait jamais supporté que le journal que nous rédigions avec les détenus sur les conditions de la vie carcérale soit distribué à l’extérieur de la maison d’arrêt ! » L’instituteur se fait donc « virer » en 2002. Cette expérience deviendra le sujet de sa thèse, soutenue en 2005, puis d’un livre publié un an plus tard. A presque 56 ans, Jean-Marie Blanc reste un militant convaincu et engagé. Ecologiste dans l’âme, il a présenté sa candidature, comme suppléant, aux dernières cantonales et législatives. Mais, surtout, il est devenu l’an dernier rééducateur de l’Education nationale. A ce titre, il intervient désormais auprès des enfants en difficulté. « Dans ce travail, j’ai retrouvé l’entrain que j’avais perdu en quittant la prison. »


 


Patrick Lallemant