Médaillé de la Résistance, il écrit pour les élèves

Paul Burlet, médaillé de la Résistance, vice-président de l’Association Nationale des Médaillés de la Résistance Française (ANMRF)1 , publie un recueil de textes, Traces d’Histoire, sur l’Occupation et la Résistance. Ce recueil, également disponible en ligne, s’adresse aux professeurs et à leurs élèves préparant le concours de la Résistance et de la Déportation2. Un recueil spécifique, explique Paul Burlet.

D’où vous est venue l’idée de faire ce livre, et pour quelles raisons ?

Je n’aurais jamais fait ce livre si fondamentalement la vraie profession que j’aurais aimé exercer, si je l’avais pu, n’avait pas été celle de professeur d’histoire. C’est au sein de l’association des Médaillés de la Résistance que j’ai découvert le Concours national de la Résistance et de la Déportation. Je me suis renseigné sur le concours, et en discutant avec les uns et les autres, je me suis rendu compte que lorsque les membres de l’association voulaient parler de leur expérience, ils faisaient très bien un témoignage personnel, mais ils manquaient souvent d’éléments sur le contexte général. Ce qu’ils avaient vécu était si fort qu’il était difficile de les faire sortir de leur témoignage. Il est vrai aussi que l’enseignement de l’histoire ne peut se réduire à la lecture d’une brochure. Le but de ce livre était donc de créer en quelque sorte un environnement à cette information personnelle. Il ne s’agit pas bien entendu de remplacer les Mémoires d’Eisenhower ou de Churchill ou de De Gaulle, il s’agit de cerner des problèmes qui sont souvent aux origines. Le coût abyssal de la guerre 14-18, le STO, ce ne sont pas des questions spécifiquement résistantes certes, mais elles sont indispensables à la compréhension du contexte. Pour le STO par exemple, le transfert de la main-d’oeuvre en Allemagne a été à l’origine de bien des réactions de résistance. Ce sont des éléments qu’il faut connaître.

Avez-vous travaillé longtemps à cet ouvrage et sur quels documents vous êtes-vous appuyé ?

J’ai mis 5 ans à faire ce travail. J’ai démarré en 2002. Pour ce qui est des documents, j’ai travaillé de préférence avec des thèses s’appuyant sur de nombreux documents permettant 60 ans après de commencer à écrire l’histoire. Ce qui me plaît par-dessus tout, c’est la thèse de quelqu’un qui nous a succédé. Un regard d’historien, objectif.

Votre livre est-il véritablement un livre d’histoire ?

Oui, pour moi, c’est un véritable livre d’histoire, même s’il n’est pas structuré autour d’une chronologie. J’ai pris plusieurs sujets, et pour les approfondir, je renvoie à d’autres lectures et à des liens sur le web. Par ailleurs, en rédigeant, j’ai toujours songé à ce qui se passait dans la tête des enfants. Par exemple, je consacre un chapitre à la Wehrmacht. Je veux que les enfants comprennent que contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, il n’y avait pas les salauds d’un côté, les SS et la Gestapo, et de l’autre, les gens bien, la Wehrmacht. C’est complètement faux ! La Wehrmacht était nazifiée jusqu’au trognon.

Vous avez décidé avec votre livre de casser les idées reçues en quelque sorte ?

Absolument.

Et vous avez choisi les différents sujets que vous traitez dans votre livre en fonction de cela ?

Absolument.

Outre cet aspect, est-ce que votre ressenti et votre vécu personnels interviennent ? Vous rendez ainsi hommage à certains de vos camarades fusillés.

Le sujet des Fusillés par exemple, je l’ai choisi, car pour tous les Résistants, il était épouvantable de se dire qu’une fois pris, on était fusillé alors qu’on était innocent. Dans ce chapitre également en effet, je rends hommage à certains de mes camarades. Si nous étions pris, nous tirions tous de façon à ce qu’on nous tue. Rien de plus affreux que le sort de celui qui attend d’être fusillé. C’est pourquoi, quand je vois les commentaires, les attitudes de certains lors de la journée du 22 octobre où on demandait de lire une lettre de fusillé, c’est un tel symbole, c’est vraiment de l’irrespect à l’égard de ceux qui ont été exécutés.

Quel message essentiel aimeriez-vous faire passer auprès des élèves et des professeurs ?

Le message essentiel, c’est que pour cette période on ne peut avoir une opinion tranchée. Prenons l’exemple du rôle de l’Eglise. Dans leur grande majorité, les évêques ont été pétainistes, alors que les prêtres ont toujours été extraordinairement prêts de nous. Cela vaut pour toutes les catégories sociales. Il y avait des bons et des salauds dans tous les corps sociaux. C’est par exemple un général français (voir chapitre « Les gendarmes dans la Résistance ») qui va faire arrêter et torturer les gendarmes français résistants. Le message que je veux faire passer est donc le suivant : la Résistance a été un engagement individuel, fruit d’une maturation qui fait qu’au bout d’un moment, on se dit que ce n’est plus acceptable. Cette aventure individuelle est une protestation qui touche tous les corps sociaux, toutes les opinions, religieuses, philosophiques, politiques. C’est absolument hétérogène. Il s’agit d’un engagement individuel, avec une nette conscience du risque encouru. J’ajouterais que cet engagement individuel dans l’action n’a été possible que grâce à la large complicité des Français. Cette complicité a permis aux clandestins de se fondre dans la population, cette dernière les alertant, les renseignant, les hébergeant, les nourrissant et dans bien des cas au cours d’opérations de répression conduites par la Gestapo, subissant le même sort qu’eux.


1) Site de la Médaille de la Résistance 
2) Site du concours 2007-2008

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