Bruno Suchaut : les progrès de l’accompagnement à la scolarité sont assez ténus

Tandis que l’on parle d’étendre au plus grand nombre les dispositifs d’accompagnement à la scolarité, Bruno Suchaut1, directeur de l’Institut de Recherche sur l’Education (Irédu-CNRS)2, s’interroge sur l’évaluation de cette politique. Dans une étude3 publiée début octobre, il souligne l’urgence de mesurer l’efficacité des différents dispositifs et de repenser leur cohérence scolaire.

Faut-il voir dans votre étude une remise en cause de l’accompagnement à la scolarité ?

L’idée de ce travail est de se pencher objectivement sur l’efficacité de l’accompagnement scolaire qui s’inscrit dans une démarche de réussite éducative et, plus largement encore, dans une politique de cohésion sociale. Il me semble d’autant plus nécessaire de s’interroger sur l’évaluation de ces actions que les collectivités locales qui les financent et les mettent en place sont elles-mêmes tenues de justifier de l’efficacité de leurs politiques. Alors non, il ne s’agit en aucun cas de remettre en cause le bien-fondé de l’accompagnement à la scolarité, mais de prouver, devant une telle diversité, une telle multitude et une telle disparité des dispositifs, l’intérêt d’une mesure précise de leurs répercussions sur le niveau scolaire et éducatif des élèves.

Quel intérêt y a-t-il à réaliser une « évaluation externe » des dispositifs d’accompagnement, ainsi que vous le préconisez dans les premières lignes de votre travail ?

Seule l’évaluation externe permet de prendre de la distance et d’avoir un regard objectif sur la situation globale d’une part, sur les dispositifs d’autre part. Si l’opinion des acteurs impliqués dans les projets (enseignants, parents, éducateurs, retraités, acteurs sociaux…) est intéressante quant au sens des actions, elle ne donne pas la mesure réelle de leurs effets. Et elle est, de fait, souvent partisane. Or la question est bien là : que produit l’accompagnement scolaire sur les élèves en termes de progrès, d’acquisitions, de compétences et de comportement ? Je pense qu’avant de renforcer encore cette politique d’accompagnement, il faudrait être en mesure de pouvoir répondre précisément à cela.

Vous mettez en balance les « impressions positives » des acteurs et la faiblesse des résultats scolaires. Mais que dire sur l’effet global de l’accompagnement scolaire ?

Les études que nous avons menées en 2001, 2002 et 2003 sur une cinquantaine de dispositifs nous indiquent en effet que, globalement, les progrès scolaires sont assez ténus. On sait néanmoins que les résultats les plus positifs sont obtenus dans le cadre d’actions spécifiquement axées sur un travail scolaire, type aide aux devoirs. On remarque ensuite qu’il n’est pas favorable d’accueillir les élèves en trop petit nombre et qu’il vaut mieux mixer les niveaux que les isoler. Il semble, enfin, que l’aide à la scolarité a plus d’impact sur les enfants « âgés » (en classe de CM1 pour ce qui concerne nos études) et volontaires pour la suivre que sur les autres… Pour le reste, nous ne possédons pas suffisamment de données pour porter un avis générique sur des actions, je le répète, aussi multiformes.

Vous soulignez toutefois l’importance de l’implication des parents dans les dispositifs. Comment se manifeste cette incidence ?

Les effets sur le renforcement du lien famille – école sont en effet très nets dans les cas où les parents ont la possibilité d’assister à quelques séances. L’un des objectifs de cette politique sociale et éducative d’accompagnement est bel et bien d’offrir à certaines familles en difficulté la possibilité de mieux comprendre le travail scolaire. Lorsque cela fonctionne, les résultats sont perceptibles au niveau de la progression des enfants. Mais cela soulève un autre problème : celui de l‘identification du public. Qui sont les élèves réellement concernés par les dispositifs d’accompagnement ? Quels sont ceux qui en bénéficient ? Comment toucher les familles qui demeurent réfractaires ?

À l’heure où l’accompagnement scolaire tend à se généraliser, que faut-il conclure de votre étude ?

En l’état actuel des choses, l’accompagnement à la scolarité manque de cohérence et de concertation. Entre les actions menées au sein des écoles, celles des RASED, celles des associations, des municipalités…, il devient difficile de connaître avec précision la nature des aides apportées aux élèves pendant et en dehors du temps scolaire. Outre le fait qu’il ne soit pas très constructif pour un enfant d’avoir autant d’interlocuteurs, il est capital que l’école ait une position plus renforcée dans cette politique d’accompagnement. C’est aux dispositifs de s’adapter à l’école et à l’école d’accepter ses responsabilités.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Maître de conférences en Sciences de l’éducation à l’Université de Bourgogne, Bruno Suchaut est spécialiste de l’évaluation des systèmes éducatifs et des politiques éducatives en France et à l’étranger.
(2) Le site de l’Institut de Recherche sur l’Education (Irédu-CNRS), Sociologie et Economie de l’Education, Université de Bourgogne.  

(3) Consulter l’étude.

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.