Traditionnellement, cela se passe comme ça : la mairie inscrit et l’école admet1. Le maire vérifie les états civils, gère la sectorisation, traite les demandes de dérogation et délivre les certificats d’inscription aux familles. Le directeur d’école reçoit les élèves et leurs parents munis dudit certificat, contrôle le livret de famille et les justificatifs de vaccination, présente les lieux et le fonctionnement de l’établissement. Convocation individuelle ou réunion de groupe : sauf cas exceptionnel, tout cela est bien rôdé.
Parfois, cela se passe différemment : l’école inscrit et l’école admet. « Ce transfert de compétence, présenté bien souvent comme un échange de services, oblige le directeur à endosser des responsabilités qui ne lui appartiennent pas », souligne Alain Rei, directeur d’école à Roquefort-la-Bédoule (Bouches-du-Rhône) et président du Groupement de Défense des Intérêts des Directeurs (GDID)2. « Je ne vois pas d’inconvénient à ce que l’inscription fasse partie des charges du directeur d’école. Cela peut même, dans certains cas, présenter des avantages, notamment dans la gestion des effectifs… Mais à condition que l’ordre de mission soit clairement identifié et surtout que le directeur bénéficie en conséquence d’une décharge horaire », précise Alain Rei qui n’a de cesse de plaider pour une redéfinition du métier.

S’appuyer sur les partenaires

Directrice d’école maternelle dans le Xe arrondissement de Paris, Chantal Lafont a coutume de préparer l’admission des nouveaux élèves très tôt dans l’année. « Dès le mois de janvier, je commence à jeter un œil aux listes municipales afin de procéder aux admissions à partir de Pâques », explique-t-elle. « J’ai fait le choix de recevoir individuellement les familles des nouveaux inscrits. À raison d’une vingtaine de minutes par rendez-vous, cela demande bien plus de temps qu’une réunion collective. Mais c’est un investissement que je récupère très vite. Sans m’enfermer dans un calendrier rigide, j’anticipe tout ce qui peut l’être afin de me laisser du temps pour gérer sereinement les admissions de dernière minute et les cas particuliers ». Pour avoir pris en charge la direction de différentes écoles parisiennes et s’être engagée dans plusieurs structures associatives3, Chantal Lafont ne saurait trop insister sur l’importance de se mettre en rapport avec les collègues et les partenaires. « Tout comme les principaux de collège doivent communiquer avec les directeurs d’école primaire, ces derniers doivent se renseigner auprès de leurs collègues de maternelle qui doivent eux-mêmes consulter régulièrement les directeurs de crèche et les services municipaux. L’objectif ? Avoir une idée précise du nombre d’enfants à accueillir à la rentrée ».

Quand ça se complique…

Si l’assouplissement de la carte scolaire n’a pas eu d’incidence directe sur l’admission des élèves en primaire, la gestion des effectifs n’en n’est pas moins, dans certains cas, un véritable casse-tête. « Dès lors qu’un élève est inscrit, il nous est impossible de le refuser. Nous sommes tributaires des arrivées de familles en cours d’été comme des placements d’enfants en familles d’accueil. Il nous faut donc souvent jongler d’une classe à l’autre et mixer les niveaux pour éviter les sureffectifs. C’est un réajustement qui peut être décidé la veille de la rentrée ! », souligne Alain Rei.

Tout aussi épineuse, l’admission des élèves souffrant de handicap, qui exige un investissement particulier : une relation plus soutenue avec les familles, un suivi avec les services médicaux si l’enfant est rattaché à une structure hospitalière… C’est aussi au directeur de formuler les demandes d’AVS4 et de faire face à la situation lorsqu‘elles sont rejetées. Alain Rei en a fait récemment l’expérience : « quand j’ai appris, à la veille de la rentrée, que l’AVS espéré n’était pas affecté à notre école, il m’a fallu réduire l’effectif de la classe pour permettre à l’enseignant de s’en occuper. Mais, en contrepartie, c’est l’effectif d’une autre classe qui a été alourdi ! » Et de conclure : « là encore il est dommage que le directeur d’école ne puisse, en pareil cas, bénéficier d’un temps spécifique et d’un ordre de mission clair pour pallier ce genre de défaillances du système ».

Marie-Laure Maisonneuve



(1) Voir la page « inscription et admission des élèves » du Vade-mecum du directeur d’école sur le site Eduscol.

(2) Le GDID se penchera sur la problématique de la direction d’école lors d’un séminaire de travail national qui se tiendra les 29, 30 et 31 octobre 2007 à Cassis (Bouches-du-Rhône).
(3) Chantal Laffont est actuellement membre du conseil d’administration du GDID.
(4) Assistante Vie Sociale