« Je dois tout à l’école. A mes parents aussi, qui ont beaucoup investi moralement dans l’enfant unique que j’étais. » Fils d’immigrés italiens qui tenaient un petit café-tabac non loin de l’Estaque, à Marseille, Gérard Aschieri commence sa scolarité dans un établissement privé, avant d’intégrer un collège d’enseignement général, puis le lycée Saint-Exupéry, dans des quartiers Nord qui n’étaient pas encore ce qu’ils sont devenus. C’est là qu’il rencontre deux professeurs – dont un de français, très engagé dans le militantisme syndical – qui lui transmettront un double virus : celui de l’enseignement et du syndicalisme. La période marseillaise s’achève en classe préparatoire, au lycée Thiers.

La vie parisienne


Gérard Aschieri réussit ensuite le concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure. Il s’éloigne donc des rives de la Méditerranée, pour gagner celles de la Seine, qu’il ne quittera plus : « J’y ai suivi ma formation au CPR, le Centre pédagogique régional, l’ancêtre des IUFM pour le second degré. Ensuite, je suis resté dans la capitale pour effectuer mon service militaire. Après mon agrégation, j’ai obtenu un poste de stagiaire au lycée La Fontaine. » Le manque de soleil est alors compensé par « la liberté qu’il découvre hors du cocon familial ». Trente-cinq ans plus tard, une pointe d’accent demeure pourtant dans les discours que prononce le secrétaire général de la FSU.


Militant de la première heure


En 68, Gérard Aschieri a 16 ans. Il se contente d’observer. Mais les évènements marquent son esprit. L’année suivante, il commence par participer à des mouvements lycéens. En arrivant à l’ENS, il bascule vraiment dans le militantisme. « L’Ecole normale supérieure constituait un important foyer d’action syndicale et le SNES1 y disposait d’une section très importante et bien implantée parmi les élèves. » Le fait que l’on y compte alors de nombreux Marseillais ne peut que favoriser l’engagement ! « A cette époque, la direction nationale du Snes avait le souci de promouvoir de jeunes militants et l’on m’a rapidement proposé de prendre des responsabilités. » A 27 ans, Gérard Aschieri entre à la direction nationale du syndicat, « en second rideau »2. En 1993, à l’issue de deux ans de crise, le SNES et le SNEP3 sont exclus de la FEN4. La Fédération syndicale unitaire (FSU) voit le jour.

Le dernier mandat


Après avoir représenté le SNES dans diverses instances de la FSU, Gérard Aschieri succède à Monique Vuillat en 2001 et prend les rênes de la Fédération. Cela ne l’empêche pas d’enseigner, au lycée Albert Schweitzer de Raincy, « en Seine-Saint-Denis, mais dans la partie bourgeoise du département ». Dans ses deux fonctions, Gérard Aschieri lutte pour que les jeunes issus de milieu modeste puissent, eux-aussi, porfiter de l’ascenceur social. Tout en reconnaissant qu’aujourd’hui, c’est singulièrement plus compliqué : « le contexte économique et social a changé et la territorialisation de l’échec est beaucoup plus lourde ». Son troisième mandat s’achève en 2010. Il n’en sollicitera pas le renouvellement, pour arrêter ses fonctions syndicales avant sa retraite. « Elle sera en 2012. Je pourrai alors avoir vraiment le temps de lire des romans, d’aller au cinéma, de retourner plus souvent dans la maison que j’ai achetée dans les Alpes de Haute-Provence ». Et redevenir à temps plein le supporter de l’OM qu’il n’a jamais cessé d’être à temps partiel.



Patrick Lallemant



(1) Syndicat national des enseignements de second degré


(2) Terme emprunté au sport signifiant « en seconde ligne »
(3) Syndicat national des professeurs d’éducation physique
(4) Fédération de l’Education Nationale