Patrick Baranger, président de la CDIUFM : l’intégration des IUFM à l’université est une opportunité historique

Patrick Baranger, nouveau président de la CDIUFM (Conférence des directeurs d’IUFM), a inauguré son mandat dans le contexte d’une rentrée concentrée sur le processus d’intégration des IUFM à l’université. Il nous explique où en est ce processus à ce jour, et surtout quelles perspectives entièrement nouvelles s’offrent aux IUFM, devenus écoles internes à l’université.

La loi du 23 avril 2005 pour l’avenir de l’école prévoyait l’intégration des IUFM à l’université au plus tard pour avril 2008. A ce jour, sur les 31 IUFM, combien sont intégrés à l’université ?

A ce jour, 8 sont intégrés, 2 autres sont sur le point de l’être, 15 sont en cours et devraient être intégrés au 1er janvier. Il en reste un petit nombre pour lesquels ça se fera après. C’est souvent lié à des cas tout à fait particuliers : les 3 IUFM de Martinique, Guadeloupe, Guyane en sont un exemple, puisqu’il n’y a qu’une seule université Antilles-Guyane à laquelle tous trois les rattacher, ou encore l’université de Strasbourg, qui retarde un peu son intégration dans la mesure où toutes les universités alsaciennes vont bientôt fusionner. Cependant, presque tout sera terminé d’ici le 1er janvier de l’année à venir.

Dans le cadre de cette intégration, quel est le rôle du directeur d’IUFM ? Garde-t-il ses prérogatives et quelles sont-elles par rapport à celles du président d’université ?

L’IUFM devient école interne à l’université. Cette école a un conseil d’école, un directeur d’école, élu par son conseil puis nommé par le ministre. Les prérogatives du directeur sont les mêmes que pour toutes les écoles internes, que ce soient les écoles d’ingénieur ou les IUT. Il n’y a pas de cas particulier pour les IUFM : on entre dans le cadre de la loi de 1984.

Et que devient le directeur adjoint ?

Auparavant, le directeur adjoint avait un statut national, il était rémunéré avec des crédits nationaux. Avec la loi sur l’autonomie des universités, dans l’école interne, seul le directeur a un statut particulier. Par conséquent, pour le poste de directeur adjoint, désormais, c’est à l’école de décider de la gouvernance qu’elle veut. Elle peut le décréter sur ses moyens propres, si elle le choisit.

Dans cette nouvelle configuration, quelle est la place de la CDIUFM ? Et ses rapports avec la CPU (Conférence des Présidents d’université) ne sont-ils pas antagonistes ?

La CDIUFM est avant tout une structure de mutualisation des savoirs et un lieu de réflexion sur notre cœur de métier, à savoir la formation des maîtres : ces deux objectifs essentiels resteront. Justement, puisque nous allons être intégrés à l’université, il est capital de garder le contact entre nous pour mutualiser ce que nous faisons et ne pas nous dissoudre en quelque sorte dans l’université. En même temps, nous avons besoin de conserver un lieu de réflexion sur la formation des maîtres. La CDIUFM est une interface qui permet de communiquer un certain nombre de réflexions au regard des autres partenaires, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le ministère de l’Education nationale ou encore les syndicats. De ce point de vue, elle continuera à exister.
Nous ne sommes pas du tout dans un positionnement antagoniste vis-à-vis de la CPU. Nous nous rencontrons d’ailleurs régulièrement. Nous souhaitons que la formation des maîtres fasse pleinement partie des préoccupations de l’université et nous essayons de mettre ceci en avant.

Est-ce que le rapprochement avec l’université va favoriser l’évolution de l’IUFM comme lieu de recherche ?

C’est une des chances de cette intégration que de nous rapprocher des structures de recherche, et par là même de nourrir la formation par la recherche. Cela est souhaité, mais il est trop tôt pour le moment pour se prononcer sur ce sujet.

A l’intérieur de l’IUFM devenu école interne, le statut des formateurs va-t-il changer ? Et comment se positionnent-ils par rapport à leurs collègues universitaires -maîtres de conférence ou professeurs ?

Les formateurs conservent le même statut, c’est un corps professoral comme les autres. Il faut distinguer plusieurs catégories parmi les formateurs. Tout d’abord, les postes à temps plein. Ils restent en poste directement à l’université. Les maîtres de conférence et professeurs d’université enseignant à l’IUFM représentent 25 à 33 % des effectifs et enseignent le plus souvent les disciplines fondamentales, comme le français, les maths… Ils restent bien entendu dans le cadre de l’intégration maîtres de conférence et professeurs à l’université.
Parmi les postes à temps plein, il y a également les enseignants de statut second degré. L’université aussi a des enseignants de statut second degré, donc l’intégration ne change rien à leur statut. Par contre, il n’y a pas d’enseignant de statut premier degré. Or 10 à 15 % des personnels IUFM à temps plein sont des professeurs des écoles. On va donc créer un corps de professeurs des écoles à l’université. C’est normal, ils jouent un rôle très important dans le cadre de la formation professionnelle.
La seconde catégorie de formateurs, ce sont les formateurs associés. Ils ont un temps partagé entre une classe qu’ils ont en charge dans un établissement du premier ou du second degré, et les cours qu’ils donnent à l’IUFM. Leur statut là aussi demeure inchangé. Ils sont mis à disposition de l’organisme de formation -à savoir désormais l’école interne, donc l’université. Sur la question du statut des personnels IUFM, il n’y a pas de changements.

Et pour les professeurs stagiaires, est-ce qu’il y aura de nouvelles données ?

Ce que l’on peut espérer dans ce changement, c’est qu’ils pourront bénéficier dans le cadre de leur travail des apports de la recherche universitaire. On espère aussi que la continuité de leur cursus de formation sera plus évidente. Jusqu’à aujourd’hui en effet, il y avait une licence d’abord, puis une année de préparation de concours, puis une année de formation professionnelle, puis deux années de titulaire au cours desquelles on pouvait revenir partiellement en formation. L’intégration à l’université fera au moins que les cinq premières années se dérouleront dans la même structure, ce qui renforce la cohérence du parcours. Le troisième point important, c’est la possibilité d’une diplomation. Il y a déjà quelques années que la CDIUFM a lancé cette idée de diplomation à bac+5. Cette idée semble aujourd’hui reprise puisque le Président de la République a inscrit dans la lettre de mission de monsieur Xavier Darcos la phrase suivante : « la formation [des enseignants] devra durer cinq années et sera reconnue par un diplôme de niveau master ».

Pourquoi une reconnaissance au niveau bac+5 vous apparaît-elle aussi indispensable ?

Il y a tout d’abord une situation de fait : les études durent bien cinq ans. Actuellement en termes de diplôme universitaire, l’enseignant français ne dispose que d’une licence, ce qui a pour effet de lui interdire toute mobilité internationale. En Belgique, au Luxembourg ou en Allemagne, il faut être bac+5 pour être enseignant. A l’inverse les ressortissants de tous ces pays ne peuvent venir travailler chez nous puisqu’ils n’ont pas passé les concours. Donc la mobilité est réduite à néant. Autre raison : il peut être intéressant pour la nation que des enseignants puissent poursuivre dans la recherche. Le bac +5 leur donne la possibilité de s’inscrire en 3e cycle de doctorat. Enfin, à l’avenir, on aura des carrières plus longues et certainement des réorientations de carrière, des secondes carrières. Il est souhaitable pour les enseignants que cela puisse se faire sans déclassement, sans dévalorisation, car c’est bien ça la question.

Mais quel sera alors ce master ? Un diplôme unique pour tous les enseignants ?

Plusieurs scenarii sont envisageables : Le grade de master pourra être délivré à tout enseignant qui est titularisé, un peu sur le modèle des écoles d’ingénieurs ou de commerce. Les étudiants de ces écoles en effet n’ont pas de diplôme universitaire, mais leur formation leur donne l’équivalent du grade de master. Or se pose une question : pourquoi avoir recours à cette formule alors que l’on vient de créer les IUFM dans les universités ? Car cette technique a été mise au point pour ceux qui justement ne sont pas passés par la formation universitaire. Autre problème : faut-il inscrire la formation des enseignants dans le cadre des masters existants, ou créer des masters spécifiques « métiers de l’enseignement »? Dans ce cadre, se poserait alors le problème du même diplôme pour toutes les spécialités. Le même diplôme pour tous, génériquement, pourquoi pas, mais il y aura nécessairement des variantes…

Les professeurs stagiaires ont en effet des profils extrêmement variés : littéraires, scientifiques, musiciens, philosophes, du premier ou du second degré, il est difficile de tout concilier en un seul diplôme…

Je ne sais pas s’il faut un seul et unique master « métiers de l’enseignement », qui serait décliné en je ne sais combien de mentions et parcours différents. Car ce ne sont pas les mêmes parcours, ni les mêmes métiers : un professeur de maternelle et un prof de philosophie de terminale, ce n’est pas le même métier. Ce qui compte, c’est une reconnaissance et une reconnaissance par un diplôme d’égale valeur Il ne faut pas qu’il y ait de sous-masters : enseigner en maternelle implique autant de compétences qu’enseigner en terminale.

Quelle impulsion souhaiteriez-vous donner en priorité aux IUFM dans le cadre de cette intégration ?

La loi a choisi d’intégrer les IUFM à l’université. Faisons de cette intégration une opportunité historique. Il faut garder en mémoire toutes les questions que l’on se pose depuis 15 ou 20 ans et les envisager de façon neuve dans le cadre de cette opportunité. Il y a la question du recrutement, la place et la nature du concours, la question du métier : est-ce qu’il y a un métier ou des métiers d’enseignant ? Il y a aussi la question de la formation, de l’alternance dans la formation.

En un mot, cette intégration, pour vous, c’est une chance ?

Absolument !

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