Ecole primaire : ‘les pistes d’amélioration existent’

Dans un rapport1 remis fin août au président de la République, le Haut Conseil de l’Education2 (HCE) relève, sans détour, les dysfonctionnements et insuffisances de l’école primaire, maternelle comprise. Bruno Racine, président du HCE, revient pour nous sur les conclusions de ce bilan.

Pourquoi le HCE a-t-il choisi, cette année, de se pencher sur l’école primaire ?

Les membres du HCE ont estimé nécessaire de « commencer par le commencement » : après nos recommandations sur le socle commun, il nous a paru essentiel de déterminer les forces et les faiblesses des premières années du système éducatif. Qui, sans exception, doit conduire l’ensemble des élèves à maîtriser le socle commun. Par ailleurs, l’école primaire est un sujet qui intéresse au plus haut point les familles qui scolarisent leurs enfants en France. Les interventions des associations de parents lors des séances du comité consultatif, placé auprès du HCE, l’ont montré. Pourtant, malgré cet intérêt et cet attachement, le fonctionnement de l’école primaire est mal connu du grand public. Il s’agit enfin d’un sujet sur lequel les écrits de synthèse sont trop rares.

Au-delà des chiffres, quelles conclusions les enseignants peuvent-ils tirer de ce rapport ?

Les maîtres accomplissent leur mission avec efficacité pour la majorité des élèves et l’école primaire a une image très positive auprès des familles. Il faut néanmoins prendre conscience qu’un nombre significatif d’élèves (15%) rencontrent des difficultés très importantes. Il faut y ajouter près de 25% d’élèves qui, après avoir parcouru tout le premier cycle, parfois en ayant redoublé une classe, sont repérés à l’entrée en sixième comme ayant des acquis fragiles. L’institution, et ses maîtres naturellement, doivent s’intéresser à ces 40% d’élèves qui parviennent à la fin du primaire avec des acquis en lecture, écriture et calcul très fragiles, voire inexistants. Les causes de cette situation sont complexes mais le fait est que ces enfants, dont on sait depuis leur entrée en CP qu’ils sont en difficulté, ne parviennent que marginalement à progresser tout au long de leur scolarité élémentaire. Il faut également avoir conscience que les retards pris dans toutes les premières années sont très difficiles à rattraper et que le redoublement n’apporte rien. Sans les bases en français et en calcul qui doivent être acquises à la fin du « cycle des apprentissages fondamentaux »3, l’élève ne peut progresser.

Le HCE pointe du doigt le pilotage national comme celui de proximité, évoquant notamment la formation des enseignants, l’absence de statut des directeurs d’école et le rôle des IEN. A ce sujet, qu’est-il urgent de modifier ?

L’examen que nous faisons des faiblesses dans le pilotage du système, aux différents niveaux, nous a semblé important car si l’on se réfère aux textes en vigueur, les pistes d’amélioration existent. Pour une éducation d’égale valeur sur l’ensemble du territoire, les politiques définies par le législateur comme les instructions ministérielles devront non seulement être explicitées mais aussi et tout simplement appliquées. Le manque de suivi dans la mise en œuvre des cycles, la rareté de l’information donnée aux professeurs sur l’utilité de l’évaluation, la nécessité d’individualiser les parcours des élèves et le peu de temps laissé aux IEN pour l’inspection proprement dite, les visites d’écoles et le conseil pédagogique placent les maîtres dans une situation où ils ont du mal à mettre en œuvre les directives nationales. En fait, ils ne sont pas assez accompagnés dans la durée.

Début septembre4, le ministre annonçait « une réforme ambitieuse de l’école primaire », promettant un « grand projet » pour la fin octobre. Qu’en attendez-vous ?
Le HCE n’a pas vocation à prescrire. Il donne son avis lorsque le ministre le sollicite. Ce qui ressort de nos constats, au-delà des résultats que nous avons pointés, c’est un système qui compte également des qualités et des forces vives tout à fait remarquables. Même si ses résultats sont perfectibles, il demeure un tissu d’écoles très étendu, des maîtres qui, dans leur grande majorité, ne comptent ni leur temps, ni leur peine et un encadrement de qualité. Et je ne doute pas un seul instant que Xavier Darcos saura tirer le meilleur parti de ce rapport pour la réforme qu’il a annoncée.

Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve

(1) http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/40.pdf

(2) Cet organisme consultatif émet, à la demande du ministre de l’Education nationale des avis et peut formuler des propositions sur la pédagogie, les programmes, l’organisation, les résultats du système éducatif et la formation des enseignants. Pour en savoir plus, le site du HCE.
(3) Grande section de maternelle, CP, CE1
(4) Lors d’une visite dans un lycée girondin (lycée Victor Louis, Talence)

Peut-on raisonnablement parler d’un constat « catastrophique » ?

Nous avons mis en évidence des résultats qui ne sont pas toujours à la hauteur de ce que le pays attend de son école et des dysfonctionnements ou des insuffisances qui, bien que repérés, n’ont pas été véritablement pris en compte ces dernières années. C’est un tableau contrasté qui évite, comme je l’ai dit au président de la République le 27 août lors de la remise du bilan, aussi bien le « catastrophisme » que l’autosatisfaction.

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