Patrick Rayou : ‘c’est aux aînés d’aider les jeunes enseignants à ne plus travailler seuls’

25 000 professeurs ont fait leur première rentrée scolaire. Un moment souvent redouté et pourtant mal préparé. Au banc des accusés : l’arrivée dans un établissement sensible, la formation inadaptée, l’instabilité des équipes enseignantes… Tour d’horizon avec Patrick Rayou1, professeur en sciences de l’Education à Paris VIII.

Comment les jeunes enseignants abordent-ils leurs premières classes ?

Les jeunes enseignants ont souvent des débuts difficiles. Ils arrivent dans des établissements sensibles, loin de chez eux, où la rotation des effectifs est importante. Après leur formation en IUFM, ces jeunes se retrouvent très au point sur le plan didactique mais, faute d’anticipation, ils restent démunis face à des élèves, à peine plus âgés qu’eux, qui refusent d’enlever leur casquette, de s’asseoir ou de se taire en classe. Leur première réaction est de faire preuve d’un excès d’autorité, dans le but de faire régner l’ordre avant de donner leur cours. Ce qui ne fonctionne pas. De ce bras de fer avec les élèves, le professeur sort rarement victorieux.

Les futurs enseignants, en attente de solutions concrètes, sont nombreux à estimer la formation à l’IUFM insuffisante. Comment expliquer ce décalage ?


Face aux difficultés qu’ils rencontrent, les enseignants ne se sentent pas préparés, ni épaulés par le chef d’établissement ou les équipes éducatives. En externalisant ainsi les responsabilités, ils se protègent. Cela dit, la France est le seul pays où la formation des maîtres a un mode de recrutement inversé : on recrute puis on forme. Avant d’entrer à l’IUFM, nombreux sont ceux qui n’ont jamais été confrontés aux élèves. Pour pallier cela, il existe aujourd’hui des modules de préprofessionnalisation2, et ce dès la licence (niveau L2). Cette sensibilisation au métier de l’enseignement permet non seulement de conforter les choix d’orientation, mais aussi de laisser plus de temps, une fois arrivé à l’IUFM, pour aborder en profondeur les questions transversales (psychologie de l’enfant, gestion de l’autorité, liens avec les parents…). Une nouveauté dans les futurs plans de formation : l’accompagnement des « néotitulaires » sur 2 ans.

Et concernant la formation continue, comment expliquez-vous qu’elle soit tant négligée ?

Les professeurs apprennent à former, or ils ne continuent que peu à se former eux-mêmes. Deux raisons à ce paradoxe. D’abord, les chefs d’établissement rechignent, sous la pression des parents, à laisser partir les enseignants en formation, faute de pouvoir les remplacer. A cela s’ajoute l’inadéquation des formations. Celles-ci sont essentiellement dédiées à la rénovation des programmes et n’abordent pas les questions transversales qui taraudent pourtant les enseignants. Résultat, ni obligatoires, ni utiles, ces formations suscitent peu l’engouement.


Alors que le gouvernement planche sur la revalorisation du métier d’enseignant, quelles pistes, selon vous, devraient être étudiées prioritairement ?


La revalorisation devrait se centrer sur le métier de l’enseignant et non sur l’enseignant lui-même. L’augmentation des salaires est un point de départ. Une étude a montré qu’entre 1981 et 2004, leur pouvoir d’achat a diminué de 20%. Il faut aussi pallier le problème de déracinement des jeunes enseignants. En multipliant, par exemple, les réseaux pour les aider à se loger. Enfin, il faut mettre l’accent sur la construction du métier pour qu’il devienne porteur.

Le Haut Conseil de l’Education vient de rendre un rapport pointant entre autres l’échec scolaire dès la maternelle. N’est-ce pas là un désaveu de plus fait aux enseignants dont l’image est déjà bien écornée ?

Il est clair que les critiques s’accumulent. Mais c’est aussi le signe d’une attente de plus en plus forte. En réaction, l’enseignant se replie sur lui-même et développe une paranoïa professionnelle qui est inversement propice au changement. On est arrivé au bout d’un modèle, qui piétine depuis les années 90. Les jeunes enseignants, moins nostalgiques que leurs aînés, sont prêts à s’engager fortement. Mais, il leur manque une dynamique collective, notamment sur le plan pédagogique. Et, c’est le rôle des anciennes générations de les aider à ne plus travailler seuls.


 


Propos recueillis par Lise Bollot


 



(1) : Patrick Rayou est l’auteur, avec Dominique Gelin et Luc Ria de «Devenir enseignant. Parcours et formation» qui vient d’être publié aux éditions Armand Colin, 2007.
(2) : En application de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école, les IUFM sont appelés, d’ici 2008, à devenir des « écoles faisant partie des universités ». L’Etat fixe dans un cahier des charges national, le contenu de la formation professionnelle des enseignants.

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