Comment asseoir son autorité en classe ?

Pourquoi certains enseignants parviennent-ils mieux que d’autres à se faire respecter par leur classe ? Question d’autorité, selon Jacques Pain, professeur de Sciences de l’Éducation, responsable du secteur de recherche « École, crise, terrains sensibles » et auteur de plusieurs ouvrages sur la violence à l’école.

On parle souvent de personnes à l’autorité naturelle. Cette caractéristique existe-t-elle vraiment ?

Non. L’autorité naturelle n’existe pas. Elle résulte toujours d’un registre de compétences. C’est pourquoi il ne suffit pas d’être un bon enseignant et de maîtriser sa discipline pour avoir de l’autorité. Il faut également avoir le sens des relations, connaître les mécanismes de la dynamique de groupe, savoir punir les élèves quand ils contournent les règles, mais aussi appuyer leur travail quand ils réussissent… L’objectif, c’est de capter leur attention et leur respect, pour qu’ils admettent votre ascendant. D’ailleurs, on retrouve tout ça dans l’étymologie du mot « autorité » : elle est le résultat d’une autorisation, accordée par les élèves, les collègues, les parents… Les individus ont, bien évidemment, plus ou moins de charisme. Mais même le charisme s’élabore.


Il existe donc des techniques ?



Bien sûr. Cela dit, entendons-nous bien, on ne peut pas construire l’autorité de A à Z. Certaines personnes ne parviendront pas à passer tel ou tel seuil. Mais tout le monde peut être sensibilisé à ces techniques : la dynamique de groupe, son application à l’enseignement, la terminologie à employer, les exercices à effectuer, la dimension ludique, le contrôle de la réussite et de l’échec des élèves… En revanche, utiliser la carte de l’ironie, de la peur ou du sarcasme finit toujours par se retourner contre vous. Tout se joue donc dans le cadrage, le rappel à la loi et la résolution rapide des problèmes. Car le facteur temps est également important. Lorsque survient un problème, il faut le régler le plus vite possible, et en tout cas dans la journée.

L’autorité ne passe-t-elle pas d’abord une bonne dose de confiance en soi ?

Sans tomber dans le narcissisme aigu, l’estime de soi constitue effectivement l’une des bases. Il faut également croire en ce que l’on fait, car la fonction crée l’autorité. Un enseignant ne doit pas hésiter à dire : « Je suis professeur. Ma mission, c’est celle-ci. Maintenant, nous allons voir comment travailler ensemble ». Dans la foulée, il laisse de temps en temps la parole aux élèves, pour effectuer des bilans ou des évaluations. S’il renouvelle l’opération une ou deux fois pendant la première semaine, il se met d’entrée de jeu 90% de la classe dans la poche. Et cela fonctionne encore mieux lorsque les enseignants d’un même établissement parviennent à travailler ensemble et forment une véritable équipe.


Concrètement, comment se tirer d’affaire lorsque la situation se complique ?


Lorsque la tension éclate, la première chose à faire consiste à prendre du recul et éviter l’affrontement frontal. Si un enseignant expulse un élève parce qu’il a oublié son classeur, que fera-t-il si l’élève refuse de sortir ? Il faut donc procéder autrement, lui demander de se mettre sur le côté, lui proposer de prendre ses notes sur une feuille, tout en précisant que l’on en reparlera à la fin du cours. Ensuite, lorsque l’attention d’une classe faiblit, il faut savoir faire preuve de souplesse, accepter de changer de sujet, s’arrêter une minute, parler autrement…


 


Patrick Lallemant

Que faire face à des élèves qui pratiquent la confrontation systématique ?

D’abord, analyser les raisons de leur attitude. Je me souviens d’une année où je me suis rendu compte qu’un adolescent, particulièrement rebelle, ne savait pas lire ! Son comportement ne visait en fait qu’à masquer sa situation. A chaque fois, il faut donc trouver une solution personnalisée, le plus vite possible pour éviter la contagion.

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