Comment vous est venue l’idée de cette initiative ?

Les radios scolaires existent depuis déjà longtemps et leur intérêt éducatif n’est plus à démontrer. Avec la nôtre, nous rencontrions de grosses difficultés. Comme sa diffusion était assurée par une radio associative, nous devions prendre rendez-vous, nous déplacer à des horaires souvent contraignants, l’audience restait confidentielle car nous étions souvent programmés en plein milieu de matinée ou d’après-midi….. Etant moi-même utilisateur de podcast, j’ai eu l’idée de profiter de la souplesse de cette technique. Elle nous a libérés de toutes ces contraintes.


Qu’en retirez-vous sur un plan pédagogique ?


Beaucoup d’enfants ne maîtrisent pas la langue écrite pour des raisons de références culturelles : leur langue orale est très décalée par rapport à la langue écrite. Quel que soit leur âge, quand ils travaillent le français à l’école, ils ont presque l’impression d’apprendre une langue étrangère. Or, toutes les émissions de radio sont préparées à l’écrit puis lues à l’antenne. L’exercice permet donc aux enfants de travailler à l’oral – et d’intégrer très rapidement – la structure, le vocabulaire ou la grammaire de la langue écrite. D’autant que leur motivation est évidente : être compris par leurs auditeurs. Dans un autre registre, la radio constitue également un excellent outil pour les enfants qui ont des problèmes d’expression orale.

Comment intégrez-vous ce travail à un programme scolaire déjà assez chargé ?


Cela n’a pas demandé de temps supplémentaire. En effet, tous les lundis matin, nous consacrions un moment à débattre sur l’actualité. Nous avons donc tout simplement commencé par enregistrer ces échanges, auxquels nous ajoutions introduction, conclusion et jingles. Désormais, certaines émissions sont gérées de A à Z par les enfants les plus âgés2. Ils ont appris à utiliser des logiciels (libres) de montage comme Audacity, ils savent intégrer des jingles, manipuler une table de mixage, assurer la mise en ondes… Quand nous enregistrons dans les conditions du direct, ils assurent même la technique avec un casque : ils se font des petits signes quand il faut « envoyer la musique » ou quand ils « ouvrent le micro »… Puisque la réalisation de ces émissions leur prend beaucoup de temps, nous adaptons le rythme de nos programmations aux disponibilités que nous laisse l’emploi du temps.

Quels thèmes abordez-vous ?


Nous diffusons plusieurs types d’émissions. Les commentaires d’actualité existent toujours. « La minute de philo » est également très écoutée : les enfants débattent de sujets tels que la liberté, comme ils la vivent à neuf ou dix ans. Il y a aussi des émissions historiques : ce sont les aventures d’un professeur qui voyage dans le temps et se retrouve plongé à différentes périodes et au cœur d’évènements qu’il se contente de décrire. Il s’agit d’un jeu pour les auditeurs qui doivent deviner quelle époque ou quel évènement est évoqué dans l’épisode. De la même manière, une émission géographique les amène à découvrir une capitale européenne.


 


Propos recueillis par Patrick Lallemant


 


(1) Le podcasting (contraction d’Ipod, le célèbre baladeur numérique et de broadcasting) est un procédé de diffusion de fichiers sonores sur Internet. Il permet aux utilisateurs de s’abonner au téléchargement de fichiers sonores pour les écouter ensuite sur son ordinateur ou un baladeur numérique. La radio scolaire d’Hénouville est disponible sur le site podcast de l’académie de Rouen.
(2) L’initiative regroupe des élèves de douze écoles, allant de la maternelle au CM2.