Quand les propositions de M. Darcos laissent perplexes…

Tant d’assurance pour affirmer si tranquillement qu’il faut « recentrer l'école primaire sur les fondamentaux et défendre les méthodes d'apprentissage « les plus traditionnelles » pour que les élèves défavorisés ne soient pas abandonnés en cours de route. » force l’admiration et plonge dans la stupéfaction tous ceux qui ont travaillé la question.

Tant d’assurance pour affirmer si tranquillement qu’il faut « recentrer l’école primaire sur les fondamentaux et défendre les méthodes d’apprentissage ‘es plus traditionnelles’ pour que les élèves défavorisés ne soient pas abandonnés en cours de route«  force l’admiration et plonge dans la stupéfaction tous ceux qui ont travaillé la question.

Combien de fois faudra-t-il rappeler que c’est l’échec des méthodes traditionnelles, dans les années 60, qui est à l’origine des recherches vers d’autres approches plus efficaces de l’enseignement !

Pour mémoire :
* c’est en 1966 que le Recteur Capelle, irrité d’entendre les professeurs de collèges déplorer qu’un enfant sur deux en sixième ne sache pas lire, a demandé à M. l’IG Rouchette d’élaborer un plan plus efficace de l’enseignement du français.
* c’est parce que les enfants dits « arriérés », dont il avait la charge, n’arrivaient pas à apprendre à lire par le B .A. BA, que Ovide Decroly, dans les premières années du 20ème siècle en Belgique, a inventé une tout autre conception de l’enseignement : « L’école devra se trouver partout où est la nature, partout où est la vie, partout où est le travail » intégrant notamment la célèbre « méthode globale » ( dont, telle l’Arlésienne, on parle constamment sans l’avoir jamais vue), mais qui allait beaucoup plus loin qu’une simple méthode d’enseignement de la lecture.
* La révolte contre les aberrations des habitudes traditionnelles, inchangées depuis des siècles, est même encore plus ancienne : c’est en 1787 qu’un certain Nicolas Adam a osé écrire ( texte cité par F. Buisson dans son Dictionnaire de pédagogie,1887) :
« Lorsque vous voulez faire connaître un objet à un enfant, par exemple un habit, vous êtes-vous jamais avisé de montrer séparément les parements, puis les manches, enfin les devants les poches et les boutons ? Non, sans doute, mais vous lui faites voir l’ensemble et vous lui dites : ‘voilà un habit' ». C’est ainsi que les enfants apprennent à parler auprès de leur nourrice. Pourquoi ne pas faire la même chose pour leur apprendre à lire ?
Du reste, Nicolas Adam ne fut pas seul : quelque quarante ans plus tard, Jean Joseph Jacotot, dans son Enseignement Universel de 1822, développait des propositions d’enseignement dans le même esprit, sans oublier tous les autres « pédagogistes », Montessori, Freinet… une longue tradition !
Alors, ici se pose la question fondamentale : affirmer que les pratiques traditionnelles sont de nature à aider les élèves défavorisés, est-ce une affirmation pédagogique ou une tactique politique ? Levons les doutes : les « traditionnelles » majoritaires ou les « traditionnelles » minoritaires ?
Si l’on enseigne la lecture en évitant d’indiquer les opérations par lesquelles on comprend, on désamorce le subversif de la lecture, sans lequel il n’y a pas de lecture. Ce n’est que faux-semblant de lecture, emballage vide, sonorisation de lettres qui sonnent creux. Ceux qu’on forme ainsi seront incapables de repérer les significations réelles de ce qu’on leur fera lire (contrats d’embauche, programmes électoraux, littérature, poésie…)… En quoi seront-ils aidés ?
De façon plus générale, alors qu’il est prouvé qu‘on ne peut apprendre qu’à partir de ce qu’on sait, comment peut-on instruire un enfant sans tenir compte de ce qu’il sait ? Comment un enseignement qui impose des savoirs tout faits, —sous la forme de cours magistraux— peut-il être une aide, quand on sait (depuis Platon) que seule la construction du savoir est formatrice ?
Comment une pratique qui confond « simple » et « facile », qui commence donc par le plus difficile, le simple toujours abstrait, qui ne prend en compte aucune des dimensions de l’enfant réduit à un cerveau qui obéirait aux injonctions des neuroscientifiques, pourrait –elle aider ceux qui n’ont que l’école pour apprendre ?
Les erreurs et les mensonges sont-ils didactiques ? Quelles réponses à ces questions ? Monsieur Darcos, ôtez-moi le doute ! Traditionnelles pédagogiques ou traditionnelles scolastiques ?

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