Pour lire la poésie, il faut bannir le commentaire critique

Yves Bonnefoy, l'immense poète, souhaite revenir à une lecture intuitive de la poésie. Dans un passionnant essai publié dans le tout récent recueil La poésie à voix haute (éditions Ligne d'ombre juin 2007), il déplore que le respect du langage ait disparu.

Ce qu’il entend par là, c’est que « quand on veut penser aujourd’hui, on ne recourt à rien d’autre, dans la langue que l’on emploie, qu’à ses réseaux conceptuels, alors qu’à s’enfermer dans ceux-ci on se rend incapable d’en percevoir les limites, leur aveuglement essentiel à la conscience de soi et à la finitude »

Ce recours excessif aux concepts, qui masquent le vrai sens, il l’observe particulièrement dans l’enseignement des lettres : « cette défaillance de l’intellect (liée aux recours excessif aux concepts) perturbe l’enseignement ». La raison fondamentale ? « Les figures dans les poèmes sont analysées, non vécues ». On songe alors aux innombrables analyses portant sur les « images », les « figures », les « rythmes », assorties de termes techniques savants, que l’élève doit reconnaître et identifier dans le texte. Sa lecture du poème se réduit à ça. Or pour le poète, le « commentaire critique est de la parole éteinte ne se prêtant pas aux images, aux figures, aux rythmes » sur lesquels repose l’écriture.
La poésie est « parole vive » -en perpétuelle redéfinition- et une présentation d’elle « cherchant à en faciliter la lecture » et à la figer, sera obligatoirement « pervertie ».

Il faut donc permettre aux élèves de faire une lecture « sauvage » des textes, pour reprendre les termes du poète dans son essai « La poésie et l’université' » (publié dans Entretiens sur la poésie). Une lecture « sauvage » est une lecture « ignorante des sèmes et des lexèmes, insoucieuse même parfois du sens d’époque des mots », et malgré ses carences, c’est celle qui s’approche le plus de « la véritable rencontre de la donnée poétique ».

Cette lecture fut d’ailleurs celle du poète lui-même lorsqu’il découvrit la poésie : « Vous le dirai-je? Quand j’ai rencontré la première fois des poèmes de Nerval, de Rimbaud, de Pierre Jean Jouve, c’était de l’hébreu pour moi, je n’entendais rien à la surface même du sens ; mais, là, les eaux coulaient à nouveau, le ciel brillait, tout avait poids et couleur, tout me parlait de présence; et j’abandonnais de grand coeur pour cette énigme, augurale, tout ce que je savais de littérature ». (in « La poésie et l’université »)

Toujours dans cet essai, le poète formule un « v

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2 commentaires sur "Pour lire la poésie, il faut bannir le commentaire critique"

  1. deschamps  31 août 2007 à 20 h 19 min

    l’intuition est au genre poétique ce que l’appétit est à la gastronomie!
    l’attente d’un thème, la surprise d’une forme aide à entrer en littérature ,certes…mais c’est le plaisir de l’esthète et l’homme commun?
    Les outils d’analyse permettent de savourer l’excellence du texte et non plus seulement de le pressentir et donnent au lecteur un plaisir au delà de l’émotion pure
    le sens alors jaillit, et, sans l’étude des formes "ce par quoi l’art devient style " ( Malraux) la plus belle des oeuvres ne se dévoile pas
    tout texte est étymologiquement un tissu dont les mailles emprisonnant le sens doivent être non pas dénouées mais pénétrées
    En tant qu’enseignante, j’ai gagné bien des batailles grâce à cette conviction que la poésie comme les autres genres s’analyse d’abord et se goûte ensuite!Signaler un abus

  2. pablo  3 septembre 2007 à 17 h 06 min

    La poèsie est avant tout un cri sauvage. Laissons au intellectuels tatillons la vertu de supporter les fastidiosités de l’analyse, c’est gens là ont l’art et la manière de se couper les cheveux en quatre…Vivons la poèsie, tonnons, tambourinons, gueulons, dansons là !
    la poèsie exalte les émotions, les sentiments, la vie, l’humanité! ce n’est pas dans un laboratoire de dissection qu’elle à sa place mais partout, dans nos yeux, dans notre âme, dans la rue, à chaque instant de notre vie, pour vaincre la routine et l’aliénation, pour nous révolutionner chaque jour ! Vous, proffesseurs qui perpétuez vos vieilles méthodes qui réduisent toujours l’enfant à la passivité et au gavage, fourbissant leur arme pour des querelles mesquines qui n’ont pas de fin, quand penseraient vous à leur redonner la liberté de créé sauvagement, de crier à gorge déployer, de vivre pleinement la poèsie? Quand leur offrirez vous l’espace suffisant à leur libre essor et au vol tempétueux de leur génie ? Si vous ne leur donnez pas cette liberté, j’espère de tout mon coeur qu’il aurons l’insolence de se l’octroyer, car la poèsie naît d’une délivrance, vit de spontanéité, et ne meurt jamais! Amen! Signaler un abus

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