Ce qu’il entend par là, c’est que « quand on veut penser aujourd’hui, on ne recourt à rien d’autre, dans la langue que l’on emploie, qu’à ses réseaux conceptuels, alors qu’à s’enfermer dans ceux-ci on se rend incapable d’en percevoir les limites, leur aveuglement essentiel à la conscience de soi et à la finitude »

Ce recours excessif aux concepts, qui masquent le vrai sens, il l’observe particulièrement dans l’enseignement des lettres : « cette défaillance de l’intellect (liée aux recours excessif aux concepts) perturbe l’enseignement ». La raison fondamentale ? « Les figures dans les poèmes sont analysées, non vécues ». On songe alors aux innombrables analyses portant sur les « images », les « figures », les « rythmes », assorties de termes techniques savants, que l’élève doit reconnaître et identifier dans le texte. Sa lecture du poème se réduit à ça. Or pour le poète, le « commentaire critique est de la parole éteinte ne se prêtant pas aux images, aux figures, aux rythmes » sur lesquels repose l’écriture.
La poésie est « parole vive » -en perpétuelle redéfinition- et une présentation d’elle « cherchant à en faciliter la lecture » et à la figer, sera obligatoirement « pervertie ».

Il faut donc permettre aux élèves de faire une lecture « sauvage » des textes, pour reprendre les termes du poète dans son essai « La poésie et l’université' » (publié dans Entretiens sur la poésie). Une lecture « sauvage » est une lecture « ignorante des sèmes et des lexèmes, insoucieuse même parfois du sens d’époque des mots », et malgré ses carences, c’est celle qui s’approche le plus de « la véritable rencontre de la donnée poétique ».

Cette lecture fut d’ailleurs celle du poète lui-même lorsqu’il découvrit la poésie : « Vous le dirai-je? Quand j’ai rencontré la première fois des poèmes de Nerval, de Rimbaud, de Pierre Jean Jouve, c’était de l’hébreu pour moi, je n’entendais rien à la surface même du sens ; mais, là, les eaux coulaient à nouveau, le ciel brillait, tout avait poids et couleur, tout me parlait de présence; et j’abandonnais de grand coeur pour cette énigme, augurale, tout ce que je savais de littérature ». (in « La poésie et l’université »)

Toujours dans cet essai, le poète formule un « v