La crise de l’enseignement de la philosophie

« Peut-on sauver le soldat Socrate ? » Sous ce titre non dénué d’humour, Eric Deschavanne, professeur de philosophie, propose dans la revue Le Débat (mai-août 2007), une analyse pertinente de la crise actuelle de l’enseignement scolaire de la philosophie. Petit résumé.

Eric Deschavanne n’est pas un professeur pessimiste : pour lui, la philosophie est aujourd’hui en France « une valeur en hausse ». Il donne des exemples : succès de librairie, cafés philo, université populaire de Michel Onfray ou encore naissance de Philosophie magazine. La philo a le vent en poupe, et pourtant… Et pourtant, la situation dans l’enseignement secondaire est loin d’être brillante. Eric Deschavanne note qu’en cours, « les élèves paraissent intelligents dans les causeries », mais que leurs copies sont d’une terrible indigence. L’enseignement de la philosophie connaît, d’après lui, « une crise d’identité absolument inédite ». Elle est liée à la contradiction qui existe entre « ce qui peut faire l’intérêt du cours de philosophie pour l’élève », et « la nature des programmes et des exercices scolaires », qui font l’identité « historique » de la discipline. En conséquence, une fois la discussion en classe terminée,  l' »abstraction des textes et des sujets de dissertation » apparaît insupportable aux élèves.


 


Un cours qui ressemble à un « café-philo »

Cela se ressent particulièrement au moment du bac, où une « impression de non-sens » émane des copies. Elles ne prennent pas appui sur les textes, et les élèves ne disposent pas d’outils pour appréhender « le niveau d’abstraction des formulations » auquel ils sont confrontés. Les professeurs en charge de les noter se retrouvent face à un véritable casse-tête pour ne pas attribuer de notes trop basses.
Eric Deschavanne concède aussi avec lucidité que pendant l’année scolaire, le cours de philo ressemble de plus en plus à un « café philo » qu’à une véritable « leçon » de philosophie. La façon d’enseigner « officielle » est reléguée aux oubliettes : l’enseignant ne débat plus avec les élèves, textes classiques et abstraits à l’appui. Il est plutôt devenu une sorte d' »animateur », qui, pour captiver son auditoire, se doit de lancer à tout-va des « questions choc » (justice, football, religion, usage du cannabis…). Eric Deschavanne montre que l’on est bien loin du dialogue « socratique » prôné par les programmes et surtout de la « légitimité académique » de tels débats… Toutefois, le professeur n’a pas toujours le choix, « car quelles que soient ses méthodes pédagogiques, qu’il enseigne ex cathedra ou en disciple de Socrate, il peut arriver qu’il se trouve confronté à l’impossibilité d’enseigner la philosophie ».



Défendre la philosophie au lycée


L’impossibilité d’enseigner la philosophie. Comment en est-on arrivé là ? La philosophie n’est plus considérée aujourd’hui comme une priorité dans l’enseignement secondaire, où prévalent la science et la technique. Pour preuve, souligne l’auteur, la quasi-disparition de la section L (voir le rapport IGEN-IGAENR, Evaluation des mesures prises pour revaloriser la série littéraire au lycée, juillet 2006) où de surcroît ne se retrouvent pas les meilleurs littéraires, tous en S, ou à défaut en ES. Or c’est en L que la philo compte, que le nombre d’heures lui étant imparti est le plus important. Précisément dans la section en voie de disparition. Eric Deschavanne songe donc à une réforme radicale. « Pour défendre efficacement la philosophie au lycée », propose-t-il, il est « stratégiquement nécessaire de renforcer sa position dans les filières fortes (qui conduisent aux formations du supérieur les plus exigeantes), en particulier dans la filière ES, qui s’impose au détriment de L comme la nouvelle filière des humanités ».
Beaucoup plus de philo en S et en ES. Cela sauverait-il le soldat Socrate ?

Partagez l'article

Les commentaires sont fermés .

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.