Natacha Polony : ses ‘mesures pour sauver l’école’

Agrégée de Lettres modernes, Natacha Polony est devenue journaliste chargée des pages « Education » à l’hebdomadaire  Marianne, après avoir enseigné le français en ZEP. Egalement professeur de culture générale dans un établissement supérieur 1, elle mène une réflexion critique et constructive sur l’école, osant des propositions parfois dérangeantes, engagées toujours.

La transmission des « humanités », l’enseignement de l’intemporel voire de l’inutile, l’école comme havre de paix, telles sont les valeurs dont l’éducation doit se réclamer selon Natacha Polony. Idées passéistes diront certains, principes utopistes opposeront d’autres. Notions fondamentales à cette institution, pilier de la démocratie, répondra celle qui raconte « la chance d’avoir grandi dans une famille qui [lui] a appris la beauté de la littérature ». Car le rôle de l’école n’est-il pas de léguer « ce patrimoine, cette culture classique, à tous et donc aussi aux classes populaires » ? Pour Natacha Polony, après trois années en prépa littéraire et un DEA de poésie contemporaine, la question ne se pose plus. Décidée à diffuser le savoir, elle obtient l’agrégation, demande son affectation en ZEP et envisage son métier, l’éducation, au sens large…

La leçon d’enseignement

Septembre 1999, lycée Jacques Feyder d’Epinay-sur-Seine. Premiers échanges avec les élèves à qui Natacha Polony témoigne « de toute l’exigence qu’ils méritent ». Premiers émois littéraires autour de romans ambitieux – « Les travailleurs de la mer » d’Hugo dont les aventures et l’héroïsme enthousiasment les élèves. Premier écueil aussi lorsqu’elle aborde le « Jaurès » de Brel, un texte repris par le groupe de musique Zebda. « J’imaginais susciter leur intérêt. Résultat : un bide total » explique-t-elle avant d’analyser : « j’ai commis l’erreur qui consiste à croire que l’on peut racoler les élèves en collant à leur identité. Au contraire, nous devons leur donner accès à ce qu’ils ne connaissent pas ». Enrichissantes et formatrices, ces expériences aiguisent son regard sur l’institution. A ses yeux, les programmes et réformes en cours transforment l’enseignement du français en exercice technique – « mettre au programme les schémas actantiels 2 d’un texte, ne revient-il pas à abandonner le plaisir de lire au profit d’un discours pseudo-scientifique ? » – quand ils n’instrumentalisent pas la littérature au profit de la communication. Devant ces désaccords profonds, elle s’éloigne de l’Education nationale, sans toutefois la quitter des yeux…


De l’avenir de l’éducation


Reprenant le chemin de l’école, Natacha Polony suit les cours de Sciences Po et, à sa sortie, prend un nouvel engagement : défendre les intérêts de l’éducation sur le terrain politique. Candidate aux législatives en 2002, elle recueille les doléances de parents : « des discours violents sur un système qui ne remplissait plus son rôle et qui, devant gérer le flux des élèves, en oubliait de leur apprendre à lire ». Déterminée à participer au débat, elle propose alors au magazine « Marianne » de réaliser des dossiers sur son sujet de prédilection. C’est dans ce cadre qu’aujourd’hui elle poursuit ses réflexions, loin de tout discours consensuel. « De nos jours, règne une idéologie selon laquelle l’école doit suivre la modernité, apprendre des choses dites utiles, comme cette mode de l’anglais de communication internationale. Voilà l’erreur : l’école est au contraire là pour donner un savoir inactuel qui permet de s’adapter à tout changement ». Esquissant des propositions, elle rédige un article « L’école en danger : dix mesures qui pourraient tout changer », aujourd’hui devenu livre 3. Parmi ces idées, le maintien de l’école comme lieu de contemplation, la réhabilitation du « par cœur » pour ensuite comprendre la logique et le sens des événements, l’acceptation du « mauvais » rôle joué par l’école, celui qui consiste à demander aux élèves de retenir des choses dont ils ignorent encore l’utilité. En résumé, l’école, « qui ne doit pas, à la différence des établissements supérieurs, donner un emploi », pourrait, selon la journaliste, servir un objectif : « passer le relais et former des hommes libres ».


 


Cécile Desbois



(1) Pôle universitaire Léonard de Vinci (Nanterre).
(2) Le schéma actantiel s‘oppose au schéma narratif. C’est une structure syntaxique qui ne suit pas l’histoire dans l’ordre chronologique et s’intéresse principalement à ce qui pousse, aide ou contrarie les personnages principaux dans leurs actions.
(3) « M(me) le président, si vous osiez… : 15 mesures pour sauver l’école », éd. Mille et une nuits, 2007.
(4) « Nos enfants gâchés : Petit traité sur la fracture générationnelle française », éd. Jean-Claude Lattès, 2005.

Natacha Polony en cinq dates

Avril 1975 : naît à Paris
Juin 1999 : réussit le concours de l’agrégation
Juin 2002 : devient candidate aux élections législatives
Septembre 2002 : initie sa collaboration avec Marianne
Mars 2005 : publie son premier ouvrage4

1 commentaire sur "Natacha Polony : ses ‘mesures pour sauver l’école’"

  1. gavroche  26 février 2012 à 2 h 10 min

    D’accord en tout avec les analyses de N. Polony, en particulier sur la conception scruturaliste des études littéraires, méthode qui dégoute les adolescents de la littérature et qui ne s’adresse plus à leur sensibilité mais les enferme dans un conformisme abstrait desséchant. Oubli également des grands textes classiques au profit d’auteurs modernes très mineurs !Signaler un abus

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