Jean-Louis Nembrini : « On peut proposer une école républicaine attrayante et performante sans carte scolaire »

Nicolas Sarkozy l’avait promis, Xavier Darcos la met en place : l’assouplissement de la carte scolaire en vue de sa suppression pour 2010. Face à l’inquiétude des enseignants, Jean-Louis Nembrini, directeur général de l’enseignement scolaire, nous détaille la réforme dont l’objectif est de garantir la mixité sociale.

Le ministre Xavier Darcos compte assouplir la carte scolaire avant de la supprimer définitivement en 2010. Comment compte-t-il s’y prendre concrètement ?

Tous les collèges et lycées seront concernés par l’assouplissement de la carte scolaire à compter de la rentrée prochaine. Le ministre de l’Education nationale a décidé de réouvrir les dossiers de dérogation. Les parents d’élèves peuvent donc faire une demande de dérogation pour l’année prochaine, dans la limite des places disponibles, jusqu’au 30 juin 2007. Ils obtiendront une réponse à leur demande au plus tard le 20 juillet. La nouveauté pour cette rentrée prochaine réside dans l’établissement d’une liste de critères prioritaires pour les dérogations. Les premiers concernés sont les enfants handicapés, puis viennent les bourses au mérite, suivis des autres boursiers… On fait donc valoir des critères sociaux afin d’assurer une diversité sociale.
Pour la suite des évènements qui nous mèneront à la suppression de la carte scolaire à l’horizon 2010, rien n’est encore fixé précisément. Une chose est sûre, il faudra changer la loi. Ce qui se fera en concertation avec les organismes scolaires et les collectivités territoriales afin de suppléer à l’organisation géographique de l’école pour la carte scolaire. En gardant bien à l’esprit que cette suppression prendra en compte la nécessaire diversité sociale. Il n’y aura pas de libre marché de l’école. On restera dans un cadre républicain, où l’Etat donnera davantage de liberté, tout en renforçant l’égalité et l’équité de l’offre scolaire sur l’ensemble du territoire.

Quels avantages voyez-vous à supprimer la carte scolaire, sachant que la plupart des organisations syndicales enseignantes plaident pour un réaménagement avec un redécoupage scolaire qui tienne compte de l’hétérogénéité sociale ?

Les aménagements sont aussi vieux que la carte scolaire qui, je vous le rappelle, a été créée en 1963. A cette époque, on vivait sous le règne de la planification : on décomposait et on aménageait le territoire. Ces approches systématiques appartiennent à un autre temps. Aujourd’hui notre société a changé. Et notre intention n’est pas de tenter de réanimer un vieux système obsolète. Les Français ne s’accommodent plus d’une liberté contrainte. On peut, et on doit proposer une école républicaine attrayante et performante sans carte scolaire. Je comprends l’inquiétude des enseignants, mais elle ne doit pas contraindre à l’inaction. Le tout est de se donner le temps pour reconstruire un système plus équitable.

Ne risque-t-on pas d’avoir une situation dans laquelle les établissements choisiront leurs élèves ?


Il est clair que les établissements qui auraient à faire face à un afflux de demandes ne pourront pas pousser leurs murs. On pourra parfois, dans certains cas seulement, créer une classe de plus. En outre, je rappelle que, de toute façon, ces établissements devront respecter les critères des dérogations, en ayant toujours à l’esprit le maintien de la diversité sociale.

Et concernant les ghettos scolaires qui peuvent être désertés par les élèves ?

D’abord, je tiens à dire que lorsqu’un élève brillant quitte son école pour se confronter à d’autres élèves brillants, cela fait partie de la grande tradition de la République. Il n’y a qu’à prendre l’exemple du petit Pompidou, du petit Péguy ou de Pagnol. Ce n’est pas le départ de quelques élèves qui va changer la nature profonde de l’école. En outre, le ministre a tenu à préciser que, dès la rentrée prochaine, le nombre d’enseignants – qui est aussi fonction du nombre d’élèves – sera maintenu dans les établissements qui perdent leur effectif. Certains collèges pourraient aussi être classés « ambition réussite  » en cas de besoin. Ils viendraient s’ajouter aux 249 réseaux « ambition réussite » créés l’année dernière.

L’idée des quotas est-elle toujours d’actualité ou a-t-elle été abandonnée ?

Pour bien connaître le ministre de l’Education nationale, je sais qu’il a vraiment ce mot en horreur. Il est vrai que ce sont des solutions que d’autres pays ont adoptées et que nous avons envisagées. Mais, cette critérisation ne tient pas compte des diversités et des spécificités de chaque établissement. Or, on ne veut pas de systémisation. En plus, il serait peu habile de supprimer un système rigide comme celui de la carte scolaire pour s’orienter vers un autre système tout aussi rigide qu’est celui des quotas.


 


Propos recueillis par Lise Bollot

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