Violence à l’école : quand les profs craquent

La violence n’est pas toujours le fait des seuls enfants, selon une étude menée par une équipe de chercheurs dans une trentaine d’écoles du Nord. 13% des enseignants interrogés reconnaissent avoir commis des actes violents à l’encontre de leurs élèves. Analyse d’Alix Garnier 1, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Lille 3.

Les résultats de cette enquête vous ont-ils surprise ?


Le chiffre de 13% nous a effectivement étonnés. Mais, en tant que chercheurs, nous devons être prudents. Notre échantillon ne porte que sur une centaine d’enseignants, il n’est donc pas assez étoffé pour en tirer des conclusions définitives. En revanche, il prouve que les enseignants parlent davantage aujourd’hui, à la fois de leurs actes et de ceux qu’ils subissent. Cet aspect est particulièrement surprenant. Autre élément important : dans les écoles où nous avons travaillé, aucun enfant ne met en évidence la violence des professeurs.

Quelles sont les raisons évoquées par l’enseignant qui reconnaît avoir été violent ?


Dans les deux tiers des cas, cet enseignant s’est d’abord lui-même senti victime de violence. Soit que, vis-à-vis de l’élève, il ne se sent pas respecté dans son travail, dans son savoir. Il éprouve alors un sentiment d’inutilité, l’impression d’être davantage là pour faire la « police » que pour « transmettre des connaissances ». Ce qui lui est insupportable. Il peut aussi se sentir victime d’une agression de la part des parents de l’enfant. Là, c’est le sentiment de ne plus être respecté tant dans son « utilité sociale » que dans la « grandeur de sa fonction » qui prévaut.


Les zones auxquelles appartiennent les écoles ont-elles une influence sur les comportements ?

Nous avons travaillé sur trois types de zones différentes : écoles ordinaires, zones d’éducation prioritaire et zones considérées comme violentes. Les résultats ne font pas apparaître de différences significatives d’un point de vue scientifique. En revanche, quel que soit l’endroit, plus un enseignant se sent épaulé par sa hiérarchie, plus l’identité de l’établissement est forte, plus l’équipe est soudée autour d’un projet pédagogique cohérent, moins le professeur se sentira victime s’il est touché par certains types de violence. Et, moins il risquera de se laisser aller à des débordements.


Ces enseignants qui passent à l’acte éprouvent-ils ensuite un sentiment de culpabilité ?

Bien sûr. Il sait qu’il a enfreint la loi, qu’il n’a pas pu maîtriser la situation. Ce sentiment est d’autant plus fort en primaire que l’on a affaire à des tout-petits. C’est pourquoi, il importe de ne pas continuer à envoyer des enseignants inexpérimentés dans les zones difficiles. Il faut les former par exemple, à la gestion de conflits, aux questions sociologiques de la violence et à la psychologie de l’enfant…


 


Patrick Lallemant


 


(1) Sociologue, Alix Garnier a participé à cette étude, menée par une équipe de chercheurs de l’IUFM du Nord-Pas-de-Calais, comanditée par le laboratoire Proféor de l’université de Lille 3, le Centre de recherches sociologiques sur le droit, le CNRS et le ministère de la Justice, sous la responsabilité de la sociologue Cécile Carra (IUFM NDPC). Pour en savoir plus sur cette enquête publiée en 2007, le contact de l’IUFM de Douai, auquel est rattaché Alix Garnier.

Quels sont les types d’actes de violence commis par les enseignants ?

Une précision, ils sont extrêmement rares. Ces débordements sont d’ordre corporels : prendre l’enfant par l’habit ou par le bras, lui tirer l’oreille, le secouer, le mettre au coin ou l’exclure de la classe avec un rapport physique. J’insiste, aucun des enseignants, qui ont répondu à nos questions n’est allé jusqu’à frapper un enfant.

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