Le système d’éducation américain

Dépourvus de système gouvernemental d’éducation nationale, les Etats-Unis prônent un enseignement basé sur la liberté de choix et la flexibilité. Mais s’il est reconnu pour l’excellence de ses établissements supérieurs, le modèle américain pêche, a contrario, par la faiblesse de ses résultats en primaire et secondaire…

Contrairement aux idées reçues, les Etats-Unis ne sont pas le sanctuaire de l’enseignement privé. Si, depuis peu, on s’inquiète d’y voir émerger un secteur marchand de l’éducation 1, une large majorité des élèves américains reste scolarisée dans les établissements élémentaires et secondaires publics. Beaucoup se retrouvent ensuite sur les bancs des universités d’Etat, ces gigantesques domaines de plusieurs milliers d’étudiants à l’accès certes payant mais bien moins coûteux que celui des colleges 2 privés. On y cultive intensivement « la responsabilisation et l’autonomisation, la prédominance du travail personnel, l’évaluation comportementale des étudiants, la notation des enseignants, la hiérarchisation des cours et des établissements… qui sont autant de valeurs et de pratiques encore peu développées dans le système d’éducation français », remarque Patrick Dubois 3, directeur de la Maison des Etats-Unis 4.

Décentralisation et financement


 


Au pays de l’oncle Sam, chaque état fédéré est maître de son système éducatif. Les programmes, les outils pédagogiques, les activités, les voies d’apprentissage, la gestion budgétaire et les questions de personnels ne sont pas du ressort du gouvernement fédéral mais des états eux-mêmes, qui financent en partie les dépenses des établissements publics. Dans chaque état, les décisions sont d’abord prises par le conseil d’éducation d’état (school board of education) puis, localement par les conseils d’éducation (school board). Cette autonomie est à l’origine d’une grande disparité d’enseignement sur le territoire américain : certains états sont très en avance, d’autres très en retard. Sans système d’éducation nationale, ni établissements régis par le gouvernement fédéral 5, les USA bénéficient malgré tout d’une sorte de ministère de l’Education (US department of education). Sa mission ? Superviser le cadre général du système scolaire et financer les grandes orientations.

Enseignement primaire et secondaire


 


Là-bas, on ne parle pas de classe mais de grade. La scolarisation va du grade K (pour Kindergartens, l’équivalent de l’école maternelle), jusqu’au grade 12 qui s’achève par le High School Diploma. Loin d’être figé, ce parcours propose diverses voies de relais (middle schools, junior high schools, combined junior-senior high schools…). Pour faire simple, on assimile les elementary (ou grammar) schools aux écoles primaires, les junior high schools aux collèges et les senior high schools aux lycées.

Aux USA, la scolarisation dans le public (qui concerne 90% des élèves) est gratuite. Avec près de 9 000 $ par élève 6, ils comptent parmi les pays qui dépensent le plus pour l’enseignement primaire et secondaire. Pourtant, leur résultat global aux tests internationaux est moyen. Un résultat qui cache d’importantes disparités d’un état à l’autre. En dépit des réformes de l’administration Bush 7, toutes les écoles ne bénéficient pas des mêmes moyens financiers pour résoudre les problèmes de violence et relever un niveau historiquement faible. Elles renforcent, depuis quelques années, leurs programmes en mathématiques et lecture, mais aussi sur le sport, l’insertion des minorités ethniques, les nouvelles technologies et l’environnement.

Enseignement supérieur

« Sur les campus, tout est mis en place pour que les étudiants puissent travailler dans les meilleures conditions, sans pression, ni soucis extérieurs. L’encadrement est optimal, l’administration aux petits soins et le nombre d’espaces dédiés aux études proportionnel à la diversité des cursus », note Patrick Dubois. Chaque état possède sa propre université qui s’étale parfois sur plusieurs dizaines de campus. Au total, on dénombre plus de 4700 établissements d’enseignement supérieur publics et privés sur le territoire. Si on connaît la réputation de la Ivy Ligue 8, on sait moins que les coûts universitaires y sont jusqu’à six fois plus élevés que dans une université standard. « Pour que leurs enfants puissent étudier dans de bonnes conditions, les familles font de gros efforts financiers, en épargnant très tôt », commente Patrick Dubois.

Mais, « l’université permet aux Américains, peu mobiles d’un état à l’autre, de s’ouvrir au monde ». Son degré de réactivité face aux innovations et à la recherche est très élevé. Et, c’est dans un souci de coller à l’évolution sociale que les universités invitent les enseignants du supérieur à consacrer une année de recherche, tous les quatre ans, afin de réactualiser leur connaissance et améliorer leur CV ».

Enfin, les études, divisées en deux grandes parties (undergraduate et graduate), délivrent des diplômes 9 qui n’ont pas d’équivalence officielle avec les diplômes français. Globalement, le DEUG correspond au bachelor’s degree, la licence au master’s degree (1e année), la maîtrise au master’s degree (2e année), le DESS et le DEA au professionnal degree, la thèse et le doctorat au doctor of philosophy ou doctor of education.


 


Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Matérialisé notamment par le développement du home-schooling (éducation à domicile par les parents), des virtual schools (cyber-écoles) et des charter schools (écoles à charte) (publiques ou privées)
(2) Aux USA, un « college » est une institution d’éducation supérieure publique ou privée, qui offre des cours dans un domaine spécialisé sur quatre ans. Ils peuvent être indépendants ou faire partie d’une université. Dans la pratique, le mot « college » est employé comme raccourci pour désigner le « college » ou l’université. (Source : ambassade des Etats-Unis à Paris)
(3) Patrick Dubois est professeur d’économie, chargé de mission des relations internationales et directeur du Centre d’Enseignement du Français pour Etrangers à l’Université de Caen Basse-Normandie
(4) MUSA, Université de Caen Basse-Normandie.
(5) En dehors des académies militaires
(6) Pour l’enseignement primaire, l’enseignement secondaire et l’enseignement post secondaire non supérieur. (Source : OCDE, février 2007).
(7) Le plan « aucun enfant laissé pour compte » (le « no child left behind » act) pris en 2002


(8) Qui regroupe les universités de Brown, Columbia, Cornell, Dartmouth, Harvard, Pennsylvania, Princeton et Yale, réputées tant dans les domaines académiques que sportifs


(9) Pour le détail des diplômes, cliquez ici

Question rituelle

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