Processus de Bologne : vers une standardisation de l’offre des universités ?

La conférence des 46 ministres de l’Education sur l’état d’avancement du processus de Bologne, prévue le 17 mai à Londres, est l’occasion de revenir sur ce projet d’espace européen de l’enseignement supérieur. A 3 ans de son échéance, où en est-on ? Le point avec David Crosier, directeur des programmes à l’Association européenne des universités (EUA).

En quoi consiste concrètement le processus de Bologne ?

Rappelons que ce projet a été lancé en 1998 à l’initiative de Claude Allègre. L’objectif visait à développer avant 2010 un espace européen de l’enseignement supérieur, où les systèmes d’enseignement nationaux seraient coordonnés face à la mondialisation. Ce processus s’est concrétisé en 1999 à Bologne, d’où son nom, entre 29 pays. Aujourd’hui, il s’est ouvert à 46 pays1.
La grande réforme des structures est celle d’un système de diplômes harmonisé qui repose sur 3 cycles : licence, master et doctorat2. L’étudiant est ainsi au centre du processus d’apprentissage. Dans ce contexte, on a renforcé le système déjà existant de crédits (ECTS), afin de valoriser les connaissances et les compétences acquises par les étudiants et de faciliter leur mobilité. Enfin, on accorde désormais une grande attention à la dimension sociale avec notamment l’ouverture de l’enseignement supérieur à l’ensemble de la société dans une perspective de formation tout au long de la vie. Ce qui implique le développement d’information et statistiques claires qui permettent d’identifier les mesures à prendre pour soutenir une population étudiante de plus en plus diversifiée en termes de profil, besoin, catégorie sociale, niveau d’éducation et expérience antérieure.

Ne va-t-on pas vers un système universitaire unique où la diversité des enseignements de chaque pays risque d’être estompée ?



On fait souvent cette confusion. Le processus de Bologne veut harmoniser les structures de l’enseignement, pas les contenus. Une attention particulière est donnée au maintien de la diversité de l’offre. C’est moins les particularités qui nous intéressent que les bases de connaissances, et ce que l’on peut en faire.



Que répondez-vous aux professeurs qui s’inquiètent que cette uniformisation augmente la concurrence entre les universités européennes et mène à une vision marketing des études et de la recherche, où l’on répondrait seulement aux besoins de l’entreprise ?



Comparer les universités entre elles, c’est naturel et inéluctable. Le classement, qui existe déjà, crée une dynamique de compétitivité. C’est un moyen de tirer le bénéfice maximal de l’investissement public et/ou privé. Excepté l’Irlande et le Royaume-Uni, peu de systèmes éducatifs ont établi des relations avec l’entreprise. Les autres pays disent penser à l’employabilité de leurs diplômés sans avoir de lien avec les employeurs. Or comment savoir ce que veut le monde du travail s’il n’y a pas de dialogue ? Intensifier cette communication, c’est là le grand défi de Bologne.

Où en est-on aujourd’hui ?



Maintenant que les réformes structurelles sont en place et fonctionnent, on s’aperçoit que la mobilité des étudiants, mais aussi celle des enseignants et des chercheurs reste encore peu significative. Beaucoup d’obstacles la rendent difficile, comme le statut des fonctionnaires ou le système de couverture sociale pour les enseignants français.



Serons-nous prêts en 2010, date butoir du projet ?


Cette échéance me semble illusoire. Le processus de Bologne rencontre des limites qui ne dépendent plus du monde de l’éducation, mais de l’Europe qui, elle, n’avance pas beaucoup. Il y a un fort engagement des établissements de l’enseignement supérieur, puisque 74 % d’entre eux veulent créer cet espace européen. Pour une fois, l’enseignement supérieur semble en avance sur la société. 


 


Propos recueillis par Lise Bollot



(1) : Albanie, Allemagne, Andorre, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, L’ex-République Yougoslave de Macédoine, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldavie, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Saint-Martin, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie, Ukraine.
(2) : La réforme LMD (licence-master-doctorat en France) ou 3-5-8 est appliquée par 82 % des établissements européens d’enseignement supérieur, selon Trends V, document de suivi de l’application du processus de Bologne réalisé par l’EUA.

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