Né en Bretagne en 1924, Marcel Leguen n’a pas 20 ans quand il entre en résistance. Le jeune homme devient un des lieutenants des francs-tireurs et partisans du maquis de Squiffiec. À la libération, il entame une carrière de journaliste. Elle le mènera de l’Armor Libre à l’Aube nouvelle, puis à l’Humanité, où il travaille brièvement comme rédacteur et documentaliste.

Mais la vocation de Marcel Leguen, c’est l’enseignement. Il entre donc à l’école normale de Saint-Brieuc, avant d’être affecté à la Réunion en 1951. Trois ans plus tard, à la rentrée 54, il est nommé directeur d’une petite et pauvre école des hauteurs de l’île, le Tévé-Lava.

La cicatrice réunionnaise

Passionné de pédagogie, le jeune directeur y applique les principes d’enseignement prônés par Célestin Freinet. Multipliant les activités d’éveil, il favorise le développement artistique des enfants, tout en s’appuyant également sur l’individualisation du travail, la production de textes libres, le suivi d’enquêtes et conférences ou l’éducation corporelle.

Les résultats suivent et le projet obtient le soutien des autorités académiques locales et métropolitaines. En 1958, Marcel Leguen se voit même confié la direction d’une école expérimentale à la Plaine des Cafres. Mais l’état de grâce ne dure pas. Car l’enseignant n’a jamais oublié sa première carrière. Il signe de nombreuses chroniques dans le journal La Démocratie et n’y laisse rien ignorer de sympathies politiques qui ne plaisent pas à tout le monde. Sur décision préfectorale, l’école ferme au bout de quelques mois et, à la rentrée suivante, Marcel Leguen revient au Tévé-Lava. Il y reste jusqu’en 1963, année où il prend un congé administratif et rentre en métropole.

Retour en Bretagne

Il ne reverra jamais la Réunion. Marcel Leguen y est, en effet, interdit de séjour à la fin de ce congé. Pendant une quinzaine d’années, il enseigne à Brest. L’heure de la retraite sonne en 1978. Il se retire alors à Kerdaniel en Tressignaux, une bourgade d’environ 500 habitants, dans les Côtes d’Armor. Mais la cicatrice réunionnaise ne se refermera jamais. L’année suivante, il publie une « Histoire de la Réunion » aux éditions l’Harmattan. Dix ans plus tard, c’est sa propre vie et ses réflexions qu’il met en mots, chez le même éditeur, sous le titre « Le maître d’école du Tévé-Lava, esquisses réunionnaises ». Il meurt le 15 octobre 1998.


 


Patrick Lallemant