Hors-série Ecole et Sexualité
L’information VIH dans le secondaire : le rôle des structures de prévention (2/8)

Des structures de prévention du VIH (associations, services territoriaux dédiés) interviennent dans l’enseignement secondaire. Les intervenants, médecins, psychologues, infirmières, etc. apportent leurs compétences au service de l’éducation à la sexualité. Mais sont-ils toujours bien accueillis par les établissements scolaires ?

Age médian du premier rapport sexuel : 17,2 ans pour les hommes et 17,6 ans pour les femmes. 89% des femmes entre 18 et 24 ans ont utilisé un préservatif lors de leur premier rapport contre 88% d’hommes1. Dans la France d’aujourd’hui, 26.000 personnes, environ, vivent avec le sida2. Si l’information VIH/sida dans les collèges et lycées s’en tenait à un glacial exposé de chiffres, la mission éducative d’une telle information ne serait pas remplie. Car, comme le rappelle la circulaire du 17 février 2003 relative à l’éducation à la sexualité3, dont l’information VIH fait partie, si les connaissances biologiques et chiffrées sont indispensables, « une réflexion sur les dimensions psychologiques, affectives, sociales, culturelles et éthiques » est tout aussi importante.

Parler de mort, parler d’amour

Aux âges de la transformation des corps et des profondes interrogations sur l’identité, aborder la question du sida et les façons de s’en prémunir n’est pas un exercice anodin. « Lorsque nous intervenons dans un collège pour parler du VIH, nous essayons de discuter avec les adolescents sur les raisons qui font que, une fois que l’on a compris comment cette infection se transmet et comment s’en protéger, rien n’est fait » explique le docteur Charlotte Melman de l’Equipe mobile d’information et de prévention santé (EMIPS)4. « Le travail de prévention peut commencer à partir du moment où l’on peut réfléchir sur la question suivante : pourquoi un couple ne se protège pas, alors qu’il sait pourquoi et comment il devrait le faire et qu’il en a les moyens? ». Tout l’art des intervenants de l’information VIH consiste alors à atténuer cette violence. C’est pourquoi les interventions d’information VIH/sida s’intéressent aussi à la vie affective des jeunes. « Nous tentons d’être au plus près des préoccupations des adolescents », souligne Agnès Sztal du Centre régional d’information et de prévention du sida (Crips)5 Ile de France, « car la plupart de leurs questions ne portent pas sur la maladie, mais plutôt sur le relationnel. Les adolescentes se demandent si elles sont prêtes pour une relation, si le fait d’avoir un rapport sexuel implique que le garçon les aime vraiment… ». L’EMIPS, comme le Crips, tente de faire réfléchir collégiens et lycéens. Et de les faire parler.

Si ça ne se voit pas, ça n’existe pas

Toutes les interventions démarrent par les représentations des jeunes sur la maladie. Il s’agit de partir de leurs idées, en les respectant, pour entamer une discussion. Pour certains collégiens « si ça ne se voit pas, c’est que ça n’existe pas ! ». Au fil des mots, au fil des questions, les intervenants tentent alors d’expliquer l’impact d’une maladie qui se déclare sans symptômes apparents. Et de leur inculquer cette réalité brutale : c’est peut-être dans les moments les plus doux, les plus riches émotionnellement, qu’il y a danger. C’est par ce biais que l’éducation à la sexualité devient également une éducation à la citoyenneté, comme le souligne le docteur Melman : « nous voulons transmettre l’idée que chacun est détenteur de sa capacité à se protéger et à protéger l’autre ».

Mobiliser les établissements

Outre les compétences des intervenants, l’information VIH, pour être efficace, nécessite d’être portée par un établissement, par son personnel encadrant et ses équipes pédagogiques. Mais le cas d’une telle information laissée aux mains des seuls intervenants n’est pas si rare. « Une intervention parachutée n’importe comment dans l’année scolaire est nulle et non avenue, s’exaspère Charlotte Melman. Les défenses des adolescents face à l’idée qu’ils se font du contenu de nos messages peuvent être fortes. S’il n’existe pas de préparation en amont avec les équipes pédagogiques, si il n’ y pas d’investissement du côté de l’établissement, quelle valeur les jeunes accorderont à nos propos ? ». Agnès Sztal reconnaît également que les lycées n’ont pas toujours les moyens suffisants pour appréhender les interventions dans leur globalité. Mobiliser les équipes éducatives autour de cet enjeu considérable qu’est l’information VIH, serait-ce la prochaine mission des structures de prévention ?

Hanna Mbonjo

(1) Voir l’enquête sur le contexte de la sexualité en France de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS), de l’Inserm et de l’Ined.

(2) On estime qu’il y a environ 130.000 personnes porteuses du VIH en France (séropositives et ateintes de sida). Par ailleurs, en 2005, 7000 personnes ont découvert leur séropositivité, soit autant qu’en 2004.
(3) Voir le texte.
(4) L’EMIPS, qui dépend de la direction de l’action sociale de l’enfance et de la santé, de la ville de Paris, propose des interventions de prévention au VIH à la demande des collèges parisiens. Son équipe d’intervenants se compose principalement de médecins et de psychologues.
(5) Le Crips est un « centre de ressources au service des professionnels des secteurs éducatif, sanitaire et social, des associations, et, plus généralement, de tous ceux qui souhaitaient s’impliquer dans la lutte et la prévention du VIH/sida ». Financée par le conseil régional d’Ile-de-France, cette association a mené l’année dernière ses actions de prévention dans 464 lycées et 126 CFA.

Sommaire Hors-série

Education à la sexualité en milieu scolaire : les principes applicables (1/8)
>> article

L’information VIH dans le secondaire : le rôle des structures de prévention (2/8)
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La contraception d’urgence (3/8)
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Les jeux-sexuels des tout-petits (4/8)
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L’enseignant face à l’éveil sexuel des élèves (5/8)
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L’enseignant face aux élèves abusés (6/8)
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L’enseignant face à la diffamation (7/8)
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Le sexe selon Titeuf (8/8)
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