Daniel Boitard, enseignant nomade pour élèves du voyage

Les déplacements, subis ou volontaires, des gens du voyage rendent difficile la scolarisation des enfants. Avec son accent marseillais, Daniel Boitard sillonne les routes des Yvelines et leur apporte l’école à domicile. Portrait d’un enseignant nomade.

Coincées entre une déchetterie et la route nationale, les caravanes des gens du voyage sont stationnées. Ici, les enfants ne vont pas à l’école, mais, grâce à quelques enseignants dévoués, c’est l’école qui vient à eux. Au volant de son camping-car, Daniel Boitard, 40 ans, visite, au moins une fois par semaine, ce camp de « voyageurs » de Rambouillet. Après s’être enquis de la santé d’un ancien, Daniel se déchausse, invite les enfants à en faire autant et tous s’installent dans l’Antenne scolaire mobile.

Ici, pas de cours à préparer, pas de corrections de copies et pas vraiment de programme à respecter. L’essentiel est consacré aux apprentissages fondamentaux : « nous faisons essentiellement de l’alphabétisation ». Les séances durent en général moins de deux heures. Une fille n’a pas travaillé ses « sons » ? Daniel : « si, à ma prochaine visite, tu ne les as pas appris, tu devras laisser ta place à un autre enfant ». Car les places sont chères : le camping-car ne peut contenir plus de 10 enfants. Sur certains terrains, Daniel est obligé de faire des groupes. Une fois le cours terminé, l’enseignant remplit les fiches-élèves, recensant les « notions travaillées ». Il ne donne pas de notes, mais à chaque étape (maîtrise des sons, des lettres, etc.), il prend une photo numérique de l’enfant et lui décerne un diplôme.

100 kilomètres par jour

Après un sandwich avalé sur le parking d’une grande surface, Daniel reprend la route. Direction Toussus-le-Noble, à une trentaine de kilomètres. Chaque jour, il parcourt 100 km d’un terrain à un autre. Là, les gens du voyage sont stationnés derrière l’aérodrome. L’une des filles suit des cours du CNED, qui lui permettent de ne pas totalement perdre le lien avec la scolarité en cas de déplacement. Sa mère confie : « c’est important que mes filles sachent lire et écrire. Ce sera plus facile pour trouver du travail ». A chaque fois qu’il le peut, Daniel incite les parents à scolariser leurs enfants dans une école « classique ». Mais les procédures d’expulsion et le rythme de vie des communautés du voyage rendent difficile, voire impossible, une scolarisation régulière et suivie.

D’une classe « en dur » au camion-école

La première Antenne Scolaire Mobile, comme celle que dirige Daniel, a été créée en 1980. Mises en place par l’ASET (Aide à la scolarisation des enfants tsiganes), ces antennes sont financées par des fonds publics et privés. Comme Daniel, les enseignants qui y participent sont rattachés à un collège et sont rémunérés par l’Éducation nationale.

Avant de rejoindre une ASM, Daniel a enseigné dans une classe « en dur » et a même été directeur d’école pendant une dizaine d’années. Il avait découvert les « voyageurs » pendant son stage et, un jour, a sauté le pas. « On me dit souvent que je suis courageux, mais ceux qui sont vraiment courageux, ce sont les collègues qui enseignent dans des établissements classiques situés en zone difficile ». Et aujourd’hui, il « n’envisage pas de reprendre une classe ordinaire ». Car le lien qu’il a noué avec les gens du voyage est vrai : beaucoup ont son numéro de téléphone portable et l’appellent pour savoir quand il va venir ou pour le prévenir qu’ils se déplacent.

La journée de cours se termine. Daniel range le camping-car et fait le ménage. Avant de repartir, demain, sur un autre terrain des Yvelines. « Dans ce département, 200 gamins voyageurs échappent chaque année à l’obligation scolaire », conclut-il. Ses collègues et lui s’emploient à faire diminuer ce chiffre.


 


Stéphane Hérès

Daniel Boitard en 5 dates

1980 : Création de la première Antenne scolaire mobile
1987 : Daniel devient instituteur
1987-1989 : il enseigne dans des classes « ordinaires »
1989-1999 : il est directeur d’une école dans les Alpes de Haute-Provence
1999 : rattachement à un collège de Rueil-Malmaison. Commence à enseigner en camion-école

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