Ségolène Royal : « Je veux instaurer l’obligation scolaire dès trois ans »

Pour Ségolène Royal, l’école peut servir à bâtir une société plus juste et plus solidaire. La candidate socialiste veut également agir très en amont pour ne pas laisser s’installer la spirale de l’échec.

Quelle doit être la place de l’Ecole dans la société française du XXIème siècle ?

Pour moi, l’Ecole est la pierre angulaire de la cohésion sociale. C’est sur elle que repose l’avenir des jeunes et donc de notre pays. Elle est d’abord le lieu où se transmettent les connaissances et les savoirs. Or la maîtrise des acquis fondamentaux détermine largement le futur des jeunes qui, on le sait désormais, ne connaîtront pas tous une trajectoire professionnelle linéaire. C’est pourquoi, « aller à l’Ecole » est une chance. Chaque enfant doit y trouver le soutien nécessaire pour se hisser au plus haut de ses capacités. L’Ecole doit être aussi le lieu où tous les enfants, quelles que soient leurs origines, apprennent à vivre ensemble et à aller vers les autres, à se respecter dans la différence. C’est dans cet esprit que « la mixité » doit y être préservée et défendue. C’est en offrant à chacun un espace, un temps pour se construire, s’ouvrir et s’enrichir au contact de l’autre, que nous pouvons bâtir une société plus juste et plus solidaire. L’Ecole doit être garante d’une véritable égalité des chances et nous devons éviter son morcellement en petits « territoires étanches », réserves dorées pour les uns, ghettos pour les autres. Ce n’est qu’en restaurant, pour tous et partout, les conditions de l’excellence scolaire que l’Ecole de la République tiendra sa promesse d’émancipation et de formation de chacun.

Comment rétablir l’égalité des élèves devant le savoir ?

Il faudra agir sur plusieurs fronts. Il revient notamment au service public d’assurer un soutien scolaire gratuit aux élèves qui en ont besoin et de favoriser l’accompagnement individualisé lorsqu’il est nécessaire. Les « répétiteurs » que je souhaite instituer pour assurer le suivi des élèves après la classe, seront chargés de ces missions. Il convient également d’améliorer les conditions de travail au sein des établissements qui cumulent les difficultés, notamment en abaissant la taille des classes à 17 élèves en CP et en CE1 pour les élèves des ZEP, par exemple. Mais surtout, il faudra éviter une trop forte concentration des handicaps par une politique volontariste visant à promouvoir la mixité sociale. L’offre d’excellence devra être mieux répartie sur le territoire. De plus, je souhaite que les équipes éducatives puissent concentrer leur énergie sur la réussite de leurs élèves et je veux pour cela les rassurer sur la question des moyens. Je propose à cet effet une loi de programmation quinquennale et le rétablissement des postes supprimés par la droite.

Comment prendre en charge les élèves en grande difficulté ?

Toutes les études le montrent : il est nécessaire d’agir très en amont pour ne pas laisser s’installer la spirale de l’échec. C’est pourquoi je souhaite combattre la première des inégalités, celle de la maîtrise du langage, et instaurer à cette fin l’obligation scolaire dès trois ans. Par ailleurs, je créerai des postes de « répétiteurs » qui viendront épauler les élèves dès les premiers signes de décrochage. Il faut également favoriser l’innovation pédagogique. Je veux redonner aux enseignants la liberté et l’envie d’expérimenter dans le domaine de la lutte contre l’échec scolaire. Les moyens des RASED et de la MGI doivent être rétablis.

Quelles sont vos propositions en matière de formation et de recrutement des enseignants ?

Aujourd’hui, la voie royale du recrutement est le concours, principe fondamental du statut général de la fonction publique sur lequel il ne s’agit pas de revenir. Toutefois, le concours doit déboucher sur une formation et un enseignement d’application. L’enseignant a besoin d’éprouver sa pratique et ses méthodes de transmission dans des situations diverses. Je souhaiterais ainsi que tous les enseignants, pendant leur année de stage, puisse être amenés, au moins une fois, à partager l’expérience de collègues aguerris en zone d’éducation prioritaire. Il convient, à cet égard, de veiller à ce que les missions d’éducation prioritaire ne soient pas uniquement confiées aux enseignants qui débutent dans la carrière.

Quelles réformes préconisez-vous pour l’Université ?

Plus de 150 000 jeunes sortent du système éducatif sans aucune qualification. Si l’exigence d’assurer à tous la maîtrise des savoirs fondamentaux vaut pour l’Ecole, celle d’assurer une formation qualifiante vaut pour l’université. Il faut d’abord lui en donner les moyens par un investissement massif. C’est pourquoi je propose dans mon Pacte présidentiel une loi de programmation pour redonner à nos universités les moyens de l’excellence : en 5 ans, les crédits pour les universités par étudiant seront portés au même niveau que la moyenne des pays de l’OCDE. Pour assumer pleinement ses responsabilités, pouvoir répondre à ses obligations cardinales dans une société de la connaissance, l’université doit être plus forte. Il faudra ainsi veiller à renforcer l’autonomie des universités dans le cadre national mais aussi encourager leur regroupement, avec l’appui des régions. Des pôles d’excellence universitaire doivent émerger sur tous les territoires, d’une taille comparable à celle des grandes universités du monde.

Propos recueillis par Stéphane Hérès

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