Claudine Hermann, une femme enseignante à Polytechnique

Agrégée de physique, docteur ès sciences, cofondatrice de l’association « Femmes et Sciences »1, Claudine Hermann fut la première femme nommée professeure à l’Ecole Polytechnique. Aujourd’hui retraitée, elle poursuit réflexions et actions pour conjuguer au féminin les professions scientifiques et techniques.

Trait de caractère ou réflexe professionnel, Claudine Hermann explore les champs du possible. Son métier de scientifique ? Un choix facilité par « l’existence d’un modèle de faisabilité », celui de sa mère, pharmacienne. Sa carrière dans l’enseignement supérieur ? Une orientation décidée à l’Ecole normale supérieure2 quand elle découvre le travail de recherche. Son arrivée, en 1980, comme maître de conférences à l’ « X » ? Un poste ouvert, une opportunité saisie puis concrétisée en titre de professeur quelques années plus tard.

Fait de perspectives sans cesse ouvertes, ce parcours esquisse le portrait d’une femme déterminée, d’une pionnière serait-on tenté de dire. Un terme que Claudine, sans exclure, pondère d’un « malgré elle ». Car si elle doit imposer ses impératifs de mère dans le laboratoire où elle mène sa thèse, « Il a en quelque sorte fallu éduquer ces hommes peu habitués à travailler avec des femmes » sourit-elle. Des réticences se font jour chez ses collègues de Polytechnique quand, enceinte, elle devient maître de conférences. Mais Claudine préfère se souvenir de leur soutien au moment où elle brigue le poste de professeur en 1992 : « Ils ont alors reconnu la qualité de mon enseignement en dehors de toute autre considération ». Pour autant, l’événement souligne une réalité : elle est la première femme à accéder à ce niveau à Polytechnique. « Pourquoi ? » s’interroge-t-elle…

Les raisons d’un engagement

Comme en écho à son questionnement, de nouvelles considérations sur les femmes naissent à cette époque. En politique d’abord, puis dans le milieu scientifique. Bientôt, Claudine croise Huguette Delavault3, sa « mère en féminisme », avec qui elle se penche sur la situation des femmes scientifiques en France. Choquée par le déséquilibre touchant ces disciplines4, « A Polytechnique, les filles représentent 15% des élèves ! » indique-t-elle à titre d’exemple, l’enseignante fonde, avec d’autres, l’association « Femmes et sciences » et représente la France au sein du groupe européen d’Helsinki5 œuvrant aux mêmes priorités. « Sans revendiquer un même nombre de femmes et d’hommes partout, la variété reste primordiale. Les ingénieurs de demain ne seront pas tous des hommes blancs ! » martèle-t-elle. Et, de publications6 en conférences, ce porte-drapeau s’attelle à battre en brèche des préjugés tenaces. Parmi ceux-ci, la propension à « souhaiter aux garçons la réussite, aux filles le bonheur », à juger « les filles sur leur travail, les garçons sur leurs capacités », à croire « que le sexe masculin aurait de meilleures aptitudes en sciences ». Autant d’idées reçues, et fausses, aboutissant à un adage d’un autre temps : aux hommes la logique et la technique, aux filles la littérature et le téléphone !

Faciliter l’accès aux sciences

L’école, microcosme de la société, serait-elle exempte de ces thèses caricaturales ? Pas pour Claudine qui mène des actions à destination du grand public, mais aussi en milieu scolaire7. « Des études filmées montrent ainsi une tendance à envoyer au tableau des garçons plutôt que des filles, à encourager davantage les premiers ». Et au passage, à effriter la confiance des filles en elles-mêmes face aux sciences et à créer un comportement stéréotypé, d’appréhension par exemple, catalogué comme « féminin ». D’où le travail de terrain effectué par la physicienne qui, même à la retraite, continue à présenter aux élèves ces métiers scientifiques accessibles à tous et toutes, à offrir aux jeunes filles l’exemple de sa carrière. D’où aussi des suggestions au niveau national pour éviter le piège de l’orientation différenciée et adapter la formation des enseignants à cette nouvelle donne. D’où enfin la nécessaire promotion des sciences et techniques8 réputées pour leur difficulté. « Mais est-ce plus facile de devenir avocat-e ? » interroge celle qui aujourd’hui continue de s‘engager via une nouvelle activité : le soutien scolaire « dans une maison de quartier, au pied des tours ». « Un devoir de solidarité » conclut-elle.


 


Cécile Desbois


 



(1) Voir le site de « Femmes et Sciences ». 
(2) Ecole normale supérieure de jeunes filles (ENSJF)
(3) Huguette Delavault, mathématicienne reconnue et militante féministe.
(4) Rappel statistique disponible sur le site « Femmes et Sciences ».
(5) Informations sur le site European Platform of Women Scientists et celui du Ministère délégué à l’enseignement supérieur et de la recherche
(6) Claudine Hermann est auteur de 30 publications consacrées à la promotion des sciences pour les jeunes et l’analyse de la situation des femmes dans les carrières scientifiques et techniques.
(7) Consulter notamment le livret édité par l’association « Femmes et Sciences » à destination de la communauté éducative : « Les femmes et les sciences… au-delà des idées reçues ».
(8) Membre du conseil scientifique de la Cité des Sciences de la Villette, Claudine Hermann a aussi participé à l’année mondiale de la physique (2005).

Claudine Hermann en cinq dates

1945 : naissance à Paris
1965 : entre à l’Ecole normale supérieure de jeunes filles
1969 : agrégée en sciences physiques, elle se marie, travaille comme assistante tout en débutant sa thèse d’état
1980 : devient maître de conférences à Polytechnique et donne naissance à son troisième fils
1992 : obtient le titre de professeur à Polytechnique, s’engage pour la place des femmes dans les sciences

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